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	<title>vie-moderne &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
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	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "vie-moderne"</description>
	<pubDate>Sun, 07 Sep 2008 00:50:59 +0000</pubDate>

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	<language>en</language>

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<title><![CDATA[De la moule verte à Omnicom Group Holding]]></title>
<link>http://alinetestuz.wordpress.com/?p=18</link>
<pubDate>Mon, 11 Feb 2008 14:43:56 +0000</pubDate>
<dc:creator>alinetestuz</dc:creator>
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<description><![CDATA[C’est mon nouveau truc pour transformer en quelque chose de positif le harcèlement incessant des ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><strong>C’est mon nouveau truc pour transformer en quelque chose de positif le harcèlement incessant des sociétés de télé-marketing: je cherche qui m’appelle, pour de vrai. Et je trouve des trucs tout à fait croquignolets. C'est un peu long, mais le résultat en vaut la peine! Jugez plutôt.</strong></p>
<p>Avant, je faisais comme beaucoup de monde: je voyais les démarcheuses téléphoniques arriver avec leurs grands pieds pour me fourguer des alicaments ou des produits miracles contre les acariens, et je disais très vite que ça ne m’intéressait pas, avant de raccrocher. A la limite de la grossièreté. Ensuite, j’ai monté les enchères et fait dans la provocation, racontant que je fumais, buvais, mangeais du foie gras, haïssais la culture physique et adorais la vie malsaine (ce qui est vrai). Ajoutant que je ne tuais jamais une araignée (ce qui est vrai aussi). Désarçonnées - ou excédées - les dames raccrochaient parfois d’elles-mêmes.<!--more--></p>
<p>Plus tard, alors que le harcèlement devenait presque quotidien, j’ai lu le billet d'une blogueuse française racontant qu’elle avait fait ce job quand elle était chômeuse et complètement dans la mouise. Elle évoquait les salaires miteux, dont une partie est à la commission, le stress des écoutes de contrôle, les remontrances du chef quand on n’a pas bien servi le message pré-écrit, les injures des clients, les téléphones raccrochés brutalement. Elle demandait à ses lecteurs, en mémoire de sa galère, de parler poliment aux dames (car ce sont évidemment des femmes qui travaillent majoritairement dans ce secteur d’exploitation).</p>
<p><strong>Changer les rôles, poser des questions</strong></p>
<p>J’ai obéi, j’ai laissé les dames débiter leur tirade avant de leur dire que je ne répondais jamais à une sollicitation commerciale par téléphone. Polie. Mais c’est terriblement ennuyeux! C’est pourquoi, maintenant, j’écoute, mais je pose aussi des questions.</p>
<p>Par exemple, aujourd’hui, une dame charmante (et intelligente) appelant depuis le centre d’appel Sekoya à Neuchâtel m’a proposé <strong>une cure de six mois</strong> pour mes cartilages altérés par l’âge: un complément alimentaire <strong>sous forme de gélules à base de moule verte de Nouvelle-Zélande</strong>. Le tout pour 540 francs. Je pouvais aussi payer en six fois, mais alors je n’avais pas le gel de massage en cadeau. Les gélules sont commercialisées ─ et non produites, comme le disait la dame ─ par UB Interpharm à Carouge. Là, rien de bien intéressant: <em>business as usual,</em> vente de poudres de perlimpin à des prix conséquents, si ça ne fait pas de bien, au moins on peut supposer que ça ne fait pas de mal. (Mais j'irai y voir de plus près une fois ou l'autre.)</p>
<p>J’ai donc cherché qui est <a href="http://www.moneyhouse.ch/u/pub/sekoya_diffusion_sarl_CH-645.4.095.789-3.htm)">Sekoya</a>. Au détour d’une inscription, j’ai relevé une modification toute récente dans les resopnsables propriétaires de l'entreprise, puisqu’elle date du 7 janvier 2008: <em>«Omnicom SA, qui n'est plus associée, <strong>cède sa part de CHF 20'000 à Omnicom Group Holding AG,</strong> à Schwende, nouvelle associée sans signature.» </em>Schwende, c’est à Appenzell. C’est comment, les conditions fiscales à Appenzell?</p>
<p><strong>C'est de la «communication hors médias»</strong></p>
<p>Le site d’observation des entreprises, <a href="http://fr.transnationale.org/">Transnationales.org</a> s’occupe d’<a href="http://fr.transnationale.org/entreprises/omnicom.php">Omnicom</a>, le premier réseau de pub mondial. <a href="http://www.daytona.fr">Daytona</a>, une société d'Omnicom en France, le présente ainsi: <em>«Fondée en 1986, Omnicom Group est une holding stratégique regroupant des sociétés leaders intervenant dans les domaines de la publicité, du marketing services, de la communication spécialisée, des médias interactifs et de l'achat d'espace. Le Groupe Omnicom est composé d'environ 650 sociétés, est présent dans une centaine de pays, emploie environ 57 600</em> <em>personnes, et compte plus de 5000 clients. <strong>Omnicom est le numéro 1 mondial des médias avec un chiffre d'affaires en 2004 de 9.747 milliards de dollars et une progression de 13% de son activité versus 2003.</strong> Le Groupe segmente son offre en deux parties: la communication</em> <em>traditionnelle et la communication hors médias.»</em> En clair, Omnicom fait dans la <a href="http://www.easybourse.com/Website/article/2534-publicis-acquisition-en-chine-perte-de-budget-aux-usa.php">téléphonie mobile</a> ─ avec succès ─  dans la pub, dans l’Internet, dans la fabrication de propagande et dans le marketing de produits de toute sorte.</p>
<p>La dame du téléphone m'a dit que Sekoya lui versait un salaire fixe, qui pouvait être augmenté en fonction des résultats commerciaux qu'elle obtenait. Omnicom Group Holding, qui possède de très loin Sekoya, appartient à une dizaine de sociétés financières et autres d'un tonneau voisin, la plupart américaines, avec une britannique et une canadienne. Elle est connue pour s'être établie dans 13 paradis fiscaux et s'être rendue coupable de deux actes de délinquance financière (évasion financière, fraude fiscale, comptes secrets, etc.). Ses bénéfices cumulés depuis 1998 se montent à plus de 1 milliard de dollars. Son dirigeant <strong>gagne</strong> <strong>274 fois le salaire minimum aux Etats-Unis d'Amérique</strong>, qui est actuellement de <strong>6 dollars brut de l’heure</strong>.</p>
<p>Il n’y a pas de petit profit. Longue vie aux moules vertes de Nouvelle-Zélande!</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Le temps des maîtres]]></title>
<link>http://alinetestuz.wordpress.com/?p=17</link>
<pubDate>Wed, 06 Feb 2008 21:55:43 +0000</pubDate>
<dc:creator>alinetestuz</dc:creator>
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<description><![CDATA[Il y a deux ou trois semaines, un article du Temps s’émouvait (1): les jeunes portent de moins en]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a deux ou trois semaines, un article du <em>Temps</em> s’émouvait (1): les jeunes portent de moins en moins de montres au poignet. Plus de deux tiers des adolescents états-uniens regardent l’heure sur leur téléphone portable. Est-ce inquiétant pour l’horlogerie suisse, docteur?</p>
<p>Si mes souvenirs sont bons, l’article concluait que non: la pression sociale impose la montre, donc pas de souci, il n'y a rien à craindre de la concurrence des portables. Et la gazette des «classes moyennes» - comme ils disent - de convoquer quelques experts pour confirmer cette analyse. Le patron d’une fabrique de montres de luxe, l’inévitable fils Hayek (le marchand de montres, pas le théoricien autrichien du libéralisme pur, qui d’ailleurs se prénommait Friedrich et avait une particule devant son patronyme), et le conservateur du Musée d'ethnographie de Neuchâtel. Tous diagnostiquent que les tocantes se portent comme le Pont Neuf. Tant mieux.<!--more--></p>
<p>Cet article de pure propagande horlogère helvétique m’a rappelé un passage de «La Naissance du monde moderne (1789-1914» (2), de l’historien anglais C.A. Bayly. Une somme qui tente d’expliquer, en racontant aussi l'histoire des autres, Chinois, Indiens, Philippins, Amérindiens, Africains, pourquoi l’Europe s’est imposée au XIXe siècle comme le centre du monde humain, et raconte ce qu’on pourrait appeler la «première mondialisation», quelque part entre le XVIIIe et le XIXe siècles.</p>
<p>Or, qui dit mondialisation dit aussi uniformisation : des techniques, des modes de production, des moyens de transport. Mais aussi, paar voie de conséquence, des usages du corps: vêtements, nourritures, conduites sociales. Cela entraîne forcément des contraintes pour les individus, même si celles-ci ne sont pas vécues comme telles par les intéressés. C’est ainsi que dans les colonies, le fin du fin pour les «élites» locales était de se promener avec un parapluie et une montre de gousset. Exactement comme les colons.</p>
<p>Il n'y avait pas encore les montres bracelets d’aujourd’hui, mais déjà l'obligation de se conformer aux horaires. Sinon, à quoi servirait de savoir l'heure qu'il est? Dans les colonies européennes de peuplement, dit C.A. Bayly, <strong><em>«les plantations à esclaves, où un si grand nombre de méthodes permettant de contrôler le travail furent brutalement inventées, étaient régies par une cloche qui sonnait en fonction de l’heure affichée par la montre du maître».</em></strong> L'heure affichée par la montre que le maître portait dans une petite poche, dite gousset. Retenue à sa personne par une chaîne d'or...</p>
<p>Et la modernité a vaincu. Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, il existait encore dans les pays d'Asie, des systèmes locaux de mesure du temps. Mais au XIXe siècle, <strong><em>«en Inde ou dans les grandes villes de la côte chinoise, les notabilités locales, qui en d’autres temps auraient investi leur argent dans la construction de temples et de mosquées, se mirent à financer la construction d’immenses tours surmontées d’une horloge, afin d’uniformiser les horaires des bureaux et des bazars».</em></strong> Des tours qui ressemblent à la Big Ben de Londres.</p>
<p>Aujourd'hui, il y a progrès notoire de la civilisation: nous sommes totalement libres de lire les horaires des bureaux et des supermarchés sur une montre bijou, une montre gadget rigolote ou un téléphone portable customisé. </p>
<p>(1) <em>Le Temps</em>, 19 janvier 2008</p>
<p>(2) C.A. Bayly, <em>La Naissance du monde moderne (1780-1914)</em>, Les Editions de l'Atelier, Editions Ouvrières, Paris, 2006, 606 p.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La liberté du commerce rend fou]]></title>
<link>http://alinetestuz.wordpress.com/?p=12</link>
<pubDate>Fri, 01 Feb 2008 21:16:02 +0000</pubDate>
<dc:creator>alinetestuz</dc:creator>
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<description><![CDATA[L&#8217;appartement que je loue est mis en vente. Mon propriétaire, une régie immobilière de Gen]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>L'appartement que je loue est mis en vente. Mon propriétaire, une régie immobilière de Genève qui a déjà défrayé la chronique pour des pratiques bizarres au bout du lac (du moins je suppose que c’est elle, la propriétaire) a acheté l'immeuble où j'habite depuis bientôt quinze ans. C'est une maison charmante construite au tout début du XXe siècle, un peu délabrée, mais pleine de prestance et de charme. Le but du propriétaire est évidemment d'en faire ce qu’on appelle élégamment «un immeuble de rapport» et d'en tirer le maximum de fric possible. C'est autorisé, c'est même encouragé par les valeurs dominantes, pourquoi se gêner?<!--more--></p>
<p>La régie a commencé, il y a environ deux ans, à vendre la maison à la découpe, par «lots», comme on dit (j'adore ce vocabulaire de tire-pipes et de loterie). Elle n’a évidemment pas entrepris la moindre réparation, amélioration, réhabilitation ni même donné le moindre coup de peinture dans l’immeuble. Pas la peine: les nouveaux propriétaires s’en occuperont, à leur goût.</p>
<p>Les prix étaient prohibitifs au départ (la régie les a baissés sensiblement depuis lors), et de toute façon je n’ai pas d’argent. Sans même parler du fait que <strong>je suis par principe opposée à la propriété du sol et au fait de tirer du profit, donc d’accumuler du capital, avec le logement, ce besoin fondamental des humains. A mon avis, le logement, ainsi que la santé, les crèches, les garderies, les transports publics devraient être gratuits. Comme l’école.</strong></p>
<p>Quatre appartements sur neuf sont vendus, refaits et habités. Nos nouveaux voisins propriétaires sont charmants. Evidemment, la pénurie d’appartements à louer dans la région interdit de nous virer, nous qui ne voulons ou ne pouvons pas acheter. Mais nous devons subir les visites répétées des propriétaires potentiels, après réception d’une lettre d’une élégance rare (l’élégance est une manie chez les adeptes de la concurrence libre et non faussée) nous sommant d’être présents au jour et à l’heure dits. A nous de nous arranger… Les visites se succèdent, l’étau se resserre, je viens d’apprendre que trois dossiers d’acheteurs potentiels sont ouverts pour mon appartement.</p>
<p>Les visiteurs d’aujourd’hui, un couple sexagénaire et leur fille d’une trentaine d’années, arpentaient mon appartement pour la deuxième fois. Le logis plaît à la demoiselle, impatiente d’habiter dans ses murs à elle. Et quelle chance, confirme la mère, armée d’un double mètre! C’est assez large pour mettre une table dans la chambrette minuscule derrière la salle de bains.</p>
<p>Je suis bien décidée à faire poireauter le nouveau ou la nouvelle propriétaire le plus longtemps possible. Je vais ameuter l’association de défense des locataires, le tribunal des baux, je vais multiplier les recours, je ne me laisserai pas déloger sans crier très fort. Mes cris de douleur, ils vont les entendre, c’est sûr!</p>
<p>A ma voisine, qui vit seule dans quatre pièces depuis le départ de ses grands enfants (oui, c’est du luxe…), une acheteuse potentielle s’est permis de dire que c’était honteux qu'une personne occupe autant d’espace et qu’elle pourrait <strike> avoir la décence de</strike> déménager en studio. La même a osé lui conseiller par téléphone d’«être raisonnable», puisque de toute façon, elle devrait partir.</p>
<p>Aujourd'hui, sur le palier au moment du départ, la mère de la jeune candidate acheteuse m’a dit la même chose : «Vous ne pouvez rien faire, même si ce n’est pas à nous, votre appartement sera vendu!»</p>
<p>La folie de la liberté du commerce rend les humains fous.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Ils copient sur leur voisin]]></title>
<link>http://alinetestuz.wordpress.com/?p=11</link>
<pubDate>Thu, 31 Jan 2008 10:41:38 +0000</pubDate>
<dc:creator>alinetestuz</dc:creator>
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<description><![CDATA[Je viens de trouver ce billet sur le blogue &#8220;Crise dans les médias&#8220;, que je m&#8217;emp]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Je viens de trouver ce billet sur le blogue "<a href="http://crisedanslesmedias.hautetfort.com/archive/2008/01/16/75-des-journalistes.html">Crise dans les médias</a>", que je m'empresse de reprendre.</p>
<blockquote><p><strong>"</strong>Le blog, source d'inspiration pour les journalistes: 75% des journalistes utilisent les blogs pour trouver des idées de sujets, selon <a href="http://www.marketingpilgrim.com/2008/01/75-of-journalists-get-story-ideas-from-blogs.html">une étude réalisée récemment aux Etats-Unis </a>(en anglais). En revanche, ils commentent rarement les blogs. Cette étude est sans doute transposable à la France. De plus, environ 30% des journalistes tiennent eux-même un blog.</p>
<p><strong>Les journalistes consultent des blogs pour trouver des idées, des angles, des points de vue originaux.</strong> 75% reconnaissent que les blogs leur fournissent des idées de reportage ou des idées d'angle pour traiter un sujet, 70% des journalistes lisent régulièrement une liste de blogs, 21% passent plus d'une heure à lire des blogs. 57% en lisent 2 à 3 fois par semaine.</p>
<p>Les journalistes sont aussi sur les réseaux sociaux. 16% ont leur propre page sur un réseau social 48% lisent des blogs mais se ne commentent presque jamais.<strong>"</strong></p></blockquote>
<p>Et, pendant qu'on y est, voici une citation tirée de <em>Black List</em>, recueil de témoignages de journalistes américains, rassemblés par Kristina Borjesson (1). Le journaliste qui parle s'appelle Philip Weiss: "<em>J'ai vu la culture journalistique muter en profondeur. Les salles de rédaction se sont mises à ressembler de plus en plus aux bureaux d'une compagnie d'assurances (...) Lorsque j'ai commencé ma carrière, les journalistes ne ressentaient aucune affinité pour un avocat ou un politique. Ils s'identifiaient à la classe moyenne. Aux subalternes. la défiance envers l'autorité était considérée, chez eux, comme une qualité. Aujourd'hui, l'ensemble de la profession condamne cette approche, qu'elle juge inconvenante... et risquée."</em></p>
<p>Que ceux qui aiment les histoires, les mystères, le dessous des cartes, lisent ce livre. Ce n'est pas parce qu'il n'est pas tout récent qu'il ne vaut rien, au contraire. D'ailleurs, un de ses chapitres est une introduction savoureuse à la "sabord'édition". Ou comment l'édition édite des livres tout en les censurant.</p>
<p>(1) Kristina Borjesson, <em>Black List, Quinze grands journalistes américains brisent la loi du silence, </em>Ed. Les Arènes, Paris, 2003.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA["Vente à la perruque" au Beau-Rivage Palace]]></title>
<link>http://alinetestuz.wordpress.com/?p=10</link>
<pubDate>Wed, 30 Jan 2008 12:28:29 +0000</pubDate>
<dc:creator>alinetestuz</dc:creator>
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<description><![CDATA[Il y a une semaine, grâce à l’ami d’un ami, j’ai eu l’occasion de pratiquer l’observatio]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a une semaine, grâce à l’ami d’un ami, j’ai eu l’occasion de pratiquer l’observation participante (comme disent les ethnologues) lors d’une manifestation commerciale ressemblant diablement à une arnaque : la présentation de sa collection 2008 de porcelaine de Limoges par la société « Les Marquises de France », au Beau-Rivage Palace de Lausanne. Quelques recherches sur Internet et dans les textes de loi suisses m’ont convaincue que le procédé est connu. En France, il s'appelle joliment "vente à la perruque", car le prix des articles est caché (comme le crâne nu du chauve). Du coup, j’ai pris contact avec le bureau spécialisé dans le <em>fair business</em> du Département fédéral de l’économie (seco), qui va s’informer plus amplement sur les pratiques de ces vendeurs d’assiettes très entreprenants. Et qui n'hésitent pas, pour attirer l'amateur, à s'installer pour une matinée dans un palace luxueux.<!--more-->Le principe de départ est simple : par téléphone, des «amateurs de belles choses» sont invités à visiter une exposition de porcelaine, sans obligation d’achat, mais avec un cadeau : « pour Madame, une assiette de Collection en Porcelaine de Limoges 1er choix ; pour Monsieur, une montre de qualité avec son bracelet en cuir ». Les majuscules sont d’origine.</p>
<p>C’est ainsi que le 23 janvier à 11h pétantes, je me trouve dans la bibliothèque du Beau-Rivage Palace de Lausanne, en compagnie d'une trentaine de personnes, la plupart en âge de retraite. L’assemblée est invitée à se tenir à bonne distance ─ la porcelaine, ça se casse ─ d’une série d’assiettes diversement décorées, marquées d’un numéro, mais sans indication de prix. Il y a aussi un service à thé, des verres, un énorme plat et un vase de cristal, tous deux atrocement surchargés, et de l’argenterie. Chaque femme présente reçoit en cadeau une assiette illustrant grossièrement le château de Chambord (présentée comme une création originale de Thierry de Zélicourt, un auteur de décors bien réel, sinon talentueux). La montre destinée aux hommes sera envoyée par courrier dans les meilleurs délais, ainsi qu’un catalogue.</p>
<p><strong>Solidarité et distinction</strong></p>
<p>Les arguments du bonimenteur sont en gros les suivants : les manufactures disparaissent, le chômage frappe, les ouvriers ont besoin de travail. Les porcelainiers de Limoges se sont donc réunis pour promouvoir leurs produits, s'associant avec les cristalleries d’Arc et de Lorraine ainsi qu'avec des fabricants d’argenterie de table. Renonçant à la publicité télévisée, beaucoup trop chère, ils préfèrent présenter directement leurs créations à des personnes choisies, appréciant «les belles choses». La preuve? Invitées à noter sur un billet distribué par l’acolyte du bonimenteur (et récupéré ensuite), le numéro du service qu’elles aimeraient gagner, les participantes sont félicitées de leur goût très sûr: elles n’ont choisi que des modèles chers, vendus entre 35’0000 et 50'000 francs le service complet.</p>
<p>Une petite fortune en porcelaine, trois services d’une valeur de quelque 7000 francs suisses chacun, seront remis gratuitement aux heureux gagnants d’un petit concours... Enfin, pas tout à fait gratuitement, seulement à la condition de faire peindre ses initiales en lettre d'or sur chaque pièce de vaisselle. Cette personnalisation fera du service gagné une valeur unique, à transmettre à ses héritiers, perpétuant le souvenir des anciens propriétaires et assurant, par la même occasion, une publicité durable à la porcelainerie de Limoges. Non seulement, c'est une manière de se distinguer, mais cela évitera aussi la grande tristesse des porcelainiers, désolés de retrouver leurs, cadeaux d'une si grande valeur, vendus au kilo sur les marchés aux puces parisiens!</p>
<p><strong>L'acolyte veille</strong></p>
<p>Seuls quatre artisans de Limoges ont encore le coup de pinceau assez sûr pour manier l’or fin. Chaque initiale coûte donc quelque 110 francs ─ une paille ─ et les 71 pièces d’un service complet sont peintes pour la modique somme de 7880 francs. Qui n’est pas "sincèrerment" d’accord avec ça renonce à toutes ses chances de gagner. Et surtout, est invité énergiquement à sortir de la salle. Avec interdiction d’y rentrer. L’acolyte veille.</p>
<p>C’est à ce moment que je renonce, refusant de lever la main à chaque fois que le bonimenteur en donne l'ordre. L'observation participante, c'est bien, mais je suis excédée par la goujaterie et la vulgarité de ce camelot, qui donne du « jeune fille » à des femmes septuagénaires. J'ai tort, le meilleur est à venir.</p>
<p>De «vote» en «vote», l’assemblée se réduit. Les éliminés sortent, fatigués par la longue station debout - la présentation dure bien depuis une heure, et de nombreux invités sont âgés - fâchés de s’être fait avoir, dénonçant l'agressivité des vendeurs. D’autres, résignés, admettent que le prix demandé pour faire peindre ses initiales n’est «pas pour nous». Même si le bonimenteur n’hésite pas à évoquer des possibilités de paiement échelonné (vente à crédit?) pour les gens "gênés".</p>
<p>On trouve ce même récit, à quelques infimes variantes près, sur Internet : les vendeurs de porcelaine ont frappé en <a href="http://www.arnaques.be/page.php?ID=2200&#38;crioc=O">Belgique en 2004</a>, <a href="http://www.ufcquechoisir68.com/informations.html">en Alsace, dénoncés par l'association UFC Que Choisir</a>, et un peu partout en France en 2006 et 2007.</p>
<p>Ce jour-là, au Beau-Rivage Palace, trois personnes ont signé des contrats pour des services de table. Des services à des prix certainement surfaits, à en juger par l’information donnée par un magasin-usine de Limoges, qui précise ne pas connaître ces représentants itinérants. Les prix officiels de la vaisselle certifiée vont de 1295 euros pour un service d’entrée de gamme à 19'051 euros pour du très haut de gamme, et même 44'452 euros pour le plus luxueux.</p>
<p><strong>En attendant la réponse...</strong></p>
<p>Restent quelques questions. Le Beau-Rivage vérifie-t-il à qui il loue ses salons? Les représentants des "Marquises de France" avaient-ils rempli le formulaire officiel de demande d'autorisation pour exercer le commerce itinérant, à déposer impérativement auprès de la Police du commerce? Ont-ils respecté la <a href="http://www.admin.ch/ch/f/rs/c241.html">Loi fédérale sur la concurrence déloyale (LCD) </a>et en particulier ses articles 2 et 3? Au défenseurs du <em>fair business</em> auprès du seco de le dire...</p>
<p>Dernier détail amusant: lorsqu'on compose le numéro de téléphone à Paris des Marquises de France", entreprise régulièrement inscrite au Registre du commerce français, pour pratiquer l'activité codifiée "autre commerce de gros de biens de consommation", une voix artificielle annonce: "La messagerie de votre correspondant est pleine. Aucun message ne peut être enregistré..." En effet, de leur point de vue, c'est peut-être plus prudent!</p>
]]></content:encoded>
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