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	<title>la-nation &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://wordpress.com/tag/la-nation/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "la-nation"</description>
	<pubDate>Mon, 07 Jul 2008 07:55:28 +0000</pubDate>

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<title><![CDATA[LE COMMUNIQUE DU CRIF SUR LE PARRAINAGE DES ENFANTS JUIFS DEPORTES]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/?p=88</link>
<pubDate>Tue, 25 Mar 2008 08:22:49 +0000</pubDate>
<dc:creator>pl</dc:creator>
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<description><![CDATA[Communiqué du 20/02/08
Le CRIF (Conseil  Représentatif des Institutions Juives de France) appelle ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Communiqué du 20/02/08</p>
<p>Le CRIF (Conseil  Représentatif des Institutions Juives de France) appelle à l'apaisement de la polémique qu'il juge largement artificielle au sujet de la proposition du Président Sarkozy annoncée lors du dîner du CRIF du 13 février, d'instituer un lien de mémoire entre les enfants du CM2 et les enfants juifs déportés de France et envoyés à la mort.</p>
<p>Le CRIF salue cette proposition pour son caractère humaniste et estime que la fin du primaire est un moment opportun pour sensibiliser les enfants au risque de l'antisémitisme et du racisme.</p>
<p>Le CRIF pense que des aménagements sont nécessaires pour que cette proposition puisse jouer son rôle éducatif effectif d'alerte civique et de stimulant à un travail historique personnel.</p>
<p>Le CRIF pense notamment qu'il vaut mieux élargir cette mémoire à l'ensemble d'une classe et souhaite qu'aux histoires d'enfants déportés s'associent des récits de sauvetage. Ainsi ce travail favorisera l'éducation et la tolérance de l'autre , quel qu'il soit.</p>
<p>Le CRIF estime que les critiques contre cette proposition sont, pour certaines excessives car il n'est pas question d'identification mortifère, mais de sensibilisation, et, pour d'autres, nauséabondes, dans la mesure ou elles refusent d'admettre le caractère universel de la Shoah et accentuent les amalgames et les compétitions victimaires.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[La "religion civile" de la Shoah, concept nouveau de l'antisionisme]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/?p=86</link>
<pubDate>Tue, 18 Mar 2008 16:25:12 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/?p=86</guid>
<description><![CDATA[Un nouveau concept est en train de  se développer dans les milieux critiques de la politique israel]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Un nouveau concept est en train de  se développer dans les milieux critiques de la politique israelienne, en particulier dans les milieux intellectuels pacifistes , israeliens ou européens, qui se trouvent mis en porte à faux par la désaffection de la population israelienne pour le discours  oecuménique des pacifistes, devant la montée de la violence extremiste islamiste, et la confirmation de l'existence d'une frange palestinienne qui ne cache pas son refus d'admettre l'existence d'Israel, et qui revendique une guerre à mort.</p>
<p>Le livre de   georges Bensoussan,"Un nom impérissable", développe la thèse suivant laquelle le sionisme, privé de  "légitimité" par l'épuisement de l'idéal socialiste initial et  de  la mythologie de la construction d'un homme nouveau, tenterait d'en retrouver une en développant un nouvel appareil mythologique autour d'une identité victimaire, centrée sur l'évènement historique de la Shoah.</p>
<p>Ce livre rejoint la thèse de Esther Benbassa, "La souffrance comme identité" qui développe avec complaisance une thèse semblable :celle de l'autoperception du peuple juif comme communauté de souffrance, de la description de l'histoire juive comme "une vallée de larmes culminant dans l'holocauste",et de la définition du peuple juif par Hermann Cohen comme "peuple de la souffrance".</p>
<p>Le corollaire immédiat de cette thèse -et à mon avis  peut-être le  moteur même de la recherche-, c'est  que cette vision du monde  entraîne les Juifs dans une "tour d'ivoire morale" qui les rend insensibles... à la souffrance du peuple palestinien (présentée elle comme réelle a côté d'une sorte d'auto-apitoiement permanent sur un mythe de souffrance qui serait la face inversée d'une élection, donnant droit à tous les hors-droits imaginables-vieux mythe antisémite du peuple qui se croit non soumis aux obligations communes)</p>
<p>Il y a dans la façon dont certains se font les procureurs implacables du sionisme sur le plan des idées, la poursuite du refus fondamental de ce sionisme qui ne peut plus actuellement s'exprimer ouvertement. Comme ils n'osent pas remettre en cause le fait accompli du sionisme, ce qui conduirait à l'idée gauchiste  d' un état démocratique bi -national dont tout le monde sent bien qu'il est un nonsens même plus politiquement correct,  ils expriment leur rejet de ce nationalisme par des critiques de tout et de son contraire.</p>
<p>On reproche au sionisme d'avoir ignoré la Shoah, et après, de lui donner une place trop importante. On lui reproche d'avoir nié la faiblesse juive, et après on  lui reproche d'identifier les juifs à cette faiblesse. On lui reproche sa dureté, de ne faire que des victimes autour de lui, et maintenant , de larmoyer sur les souffrances juives.</p>
<p>Finalement, rien ne trouve grâce  aux yeux de ces  historiens, qui rejoignent les "nouveaux historiens "israeliens dans leur travail de 'déconstruction" qui leur permet d'être aussi vierges de toute compromission morale que remarqués pour leur "courageux anticonformisme".</p>
<p>Leur conceptions générales, plus ou moins orientées par une construction intellectuelle "de gauche", ne sont pas vraiment compatibles avec un mouvement nationaliste comme le sionisme; ce nationalisme ne peut trouver aucune place dans leurs grilles de lecture, et  si ils  l'admettent du bout des lèvres pour ne pas se couper des peuples et des autorités morales qui le comprennent intuitivement , cette acceptation les met en contradiction avec tous leurs schémas de pensée, ce qu'en tant que intellectuels, ils supportent particulièrement mal.</p>
<p>L'identité juive ne se résume pas à la persécution, la culture juive est une des plus anciennes et des plus importantes du monde , mais, politiquement, le destin juif a été un destin d'angoisse et de négation , de persécution et d'exclusion, dont les Lumières n'ont pas suffi à les extraire. On ne peut oublier que les raisons de la naissance du rêve sioniste ont été les conditions épouvantables d'existence des Juifs de l'Est, et les poussées d'antisémitisme en Europe Occidentale.C'est le fait politique du nationalisme juif qui est inadmissible pour des gens qui ne peuvent admettre que la lutte des classes ou la révolution comme issue  moralement concevable à un malheur politique. Le nationalisme, sauf pour les pays colonisés, ne rentre pas dans leurs cadres de pensée</p>
<p>Le fondement de la légitimité de l'Etat Israelien reste là:L'antisémitisme polonais de 1967 qui a conduit à l'émigration les derniers juifs ou presque de Pologne date quand même de 20 ans après la naissance d'Israel,il n'y aplus de vie possible pour les juifs dans le monde arabe; comme le disait le rabbin Eisenberg:"Tout ça n'est pas grave. Il n'y a de danger pour les Juifs que dans deux endroits: Israel et la Diaspora.</p>
<p>La bataille qui s'engage dans la période actuelle entre Israel et ses adversaires, est au moins autant une bataille dans le champ des idées que dans le domaine des armes. Le combat des Arabes depuis le début de l'existence d'Israel est celui d'une affirmation de l'illégitimité de celui-ci, au nom de la légitimité ( apparue ensuite) du nationalisme palestinien.Or, ces deux légitimités sont égales, c'est pourquoi il faudra un compromis,faute de quoi on s'acheminera vers une lutte à mort .</p>
<p>Présenter les juifs comme des oppresseurs impitoyables et en même temps larmoyant sur leur sort, vise à les déconsidérer et à les déligitimer  dans une opinion déja très orientée par la victimisation médiatique   du peuple palestinienà laquelle participent les démagogues variés du monde antioccidental,qui usent et abusent de la vision moralisatrice qui est si efficiente dans le monde occidental et pas du tout dans le leur.</p>
<p>La société israelienne vit certainement une crise morale et politique avec l'accentuation de ses lignes de division internes, mais elle veut continuer à vivre;</p>
<p>Le sens de son existence est d'abord le droit qu'elle a d'exister en vertu du principe du droit des peuples à disposer d'eux mêmes, qui est exactement aussi valable pour eux que pour les anciennes colonies parvenues à l'indépendance, et d'affirmer leur identité dans cette liberté. La contestation de ce droit, directe ou camouflée, doit être combattue sans relâche, y compris chez ceux qui cherchent à plaire à tout le monde , même à leurs ennemis.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[SIMONE VEIL DENONCE L'IDEE DE PARRAINAGE DES ENFANTS JUIFS DEPORTES]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/?p=72</link>
<pubDate>Sat, 16 Feb 2008 15:43:56 +0000</pubDate>
<dc:creator>pl</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/?p=72</guid>
<description><![CDATA[D&#8217;après l&#8217;article de Judith Waintraub du 16 février 2008 dans Le Figaro.
Les première]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>D'après l'article de Judith Waintraub du 16 février 2008 dans Le Figaro.</p>
<p>Les premières réactions à la proposition de Nicholas Sarkozy avaient été plutôt positives , ( François Hollande disant que "chaque fois qu'on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire", Malek Boutih du PS comme Serge Klarsfeld,  l'ayant approuvé), mais au fil du temps la tendance s'est nettement inversée, et les critiques sont de plus en plus nombreuses.</p>
<p>Simone Veil a déclaré cette initiative "inimaginable, insoutenable et injuste". La présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a dit que "on ne peut pas infliger cà à des petits de 10 ans."."Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés après la guerre de ce que nous avions vécu, même avec nos proches, et aujourd'hui encore, nous essayons d'épargner nos enfants et nos petits enfants". Elle ajouté que "beaucoup d'enseignants parlent très bien de ces sujets là " avant d'évoquer le risque d'attiser les antagonismes religieux:" Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d'incarner le souvenir d'un petit juif ?". C'est évidemment  la critique majeure qui peut être faite à cette initiative, sans parler de l'ambigüité du terme "devoir de mémoire" qui fleurit dans les écrits  de la période actuelle</p>
<p>Même si la bonne volonté ne fait pas de doute, encore une fois, le côté hâtif, non concerté et non approfondi de la proposition laisse perplexe sur les mécanismes de prise de décision de la présidence française.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[COMMENT JE SUIS DEVENU FRANCAIS, UN LIVRE DE JACQUELINE REMY]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2008/01/07/comment-je-suis-devenu-francais-un-livre-de-jacqueline-remy/</link>
<pubDate>Mon, 07 Jan 2008 06:40:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
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<description><![CDATA[&#8220;Un pays, c&#8217;est un peu comme une famille. On est souvent trop près, ou trop loin pour s]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>"Un pays, c'est un peu comme une famille. On est souvent trop près, ou trop loin pour savoir le regarder Comment dessiner cette identité française que nous ne savons plus définir. Coment s'imprègne-t-on peu à peu d'un pays, comment se défait on insensiblement de sa nationalité d'antan pour en épouser une autre, à quel moment la bascule s'opère, quelle relation énigmatique garde-t-on avec son lieu de naissance", c'est ce qu'a cherché à éclairer J.Remy dans ce livre d'interviews qui cherche, par ce détour,à répondre à ces questions: le concept d'identité nationale a-t-il encore du sens; par quelle subtile alchimie nous sentons nous appartenir  à un pays à moins que cela soit lui qui nous appartienne dès lors que nous décidons d'en prendre possession?"</p>
<p>"Tout se passe comme si la France traversait une profonde crise existentielle, comme si elle ne savait plus qui elle est ni quels ressorts l'animent Attribuer un porte- feuille ministériel à l'identité nationale, c'estun peu comme instaurer un secrétariat d'Etat au vice ou à  la vertu. L'identité nationale ne se fixe ni ne se fige. Elle ne relève pas d'un gouvernement, sauf dans les régimes totalitaires, mais de l'histoire d'un pays, de son éthique collective, de l'éducation qu'il entend donner  aux générations qui préparent son  avenir. Ce sont ces valeurs qui font tenir les Français ensemble, celles de la République, héritées des Lumières: laïcité, égalité entre les hommes et les femmes, liberté de pensée et d'expression. Les Français l'oublient parfois,et, tout à leur individualisme, ne savent plus quel projet ils ont en commun."</p>
<p>"Vivre ici quand on est né ailleurs, épouser la nationalité française quand on est issu d'un autre pays, c'est un peu comme aimer deux êtres à la fois".</p>
<p>A travers les témoignages de ces 20 personnalités , souvent connues, qui témoignent, Jacqueline Remy nous fait mesurer qu'un homme ou une femme ne peut être résumé à sa nationalité, de même qu'il ne peut l'être à son son sexe, à son âge, à son ethnie, à sa religion, à son origine sociale ou géographique. On sait aussi qu'un changement de nationalité ne peut se résumer à une formalité juridique ni à  une équation politique. Adopter un pays, sa langue, son peuple, c'est l'embrasser. Une histoire de parfums, de saveurs, de beautés, de culture, d'idéaux, d'icônes et de héros, de paysages et de rencontres."</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[QU'EST CE QU'UNE NATION? RELEXIONS SUR LE TEXTE FONDAMENTAL DE ERNEST RENAN (1882)]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2007/12/30/quest-ce-quune-nation-relexions-sur-le-texte-fondamental-de-ernest-renan-1882/</link>
<pubDate>Sun, 30 Dec 2007 16:40:31 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
<guid>http://ajhl.wordpress.com/2007/12/30/quest-ce-quune-nation-relexions-sur-le-texte-fondamental-de-ernest-renan-1882/</guid>
<description><![CDATA[&#8220;Les nations sont quelque chose d&#8217;assez nouveau dans l&#8217;histoire. L&#8217;antiquit]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>"Les nations sont quelque chose d'assez nouveau dans l'histoire. L'antiquité ne les connut pas; l'Egypte, la Chine, l'antique Chaldée ne furent à  aucun degré des nations. C'étaient des troupeaux menés par un fils du Soleil, ou un fils du Ciel. Il n'y eut pas de citoyens égyptiens, pas plus que de citoyens chinois. L'antiquité classique eut des républiques et des royautés municipales, des confédérations de républiques locales, des empires. Elle n'eut guère de nations au sens ou nous l'entendons. La Gaule, l'Espagne, l'Italie, avant leur absorption dans l'empire romain, étaient des ensembles de peuplades, souvent liguées entre elles, mais sans institutions centrales, sans dynasties."</p>
<p>Qu'est ce qui caractérise les différents états  issus de la brisure de l'empire carolingien, selon Renan ? C'est la fusion des populations qui les composent. Deux faits  contribuent essentiellement  à ce résultat:L'adoption du christianisme par les envahisseurs germaniques, qui empêche une distinction  vainqueurs/vaincus par la religion, et l'oubli par les conquérants de leur propre langue (Renan reviendra plus loin sur la nécessité de l'oubli pour forger les nations.). "De ce fait, le moule qu'imposèrent ces envahisseurs devint le moule même de la nation et "France" devint le nom d'un pays ou n'étaient entrés qu'une infime minorité de Francs. Au bout d'une ou deux générations, les envahisseurs ne se distinguaient plus du reste de la population; leur influence n'en avait pas moins été profonde; ils avaient donné au pays conquis une noblesse, des habitudes militaires, un patriotisme qu'il n'avait pas auparavant."</p>
<p>"L'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création des nations, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L'investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l'origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été les plus bienfaisantes. L'unité se fait toujours brutalement: la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d'une extermination et d'une terreur continuée pendant près d'un siècle."</p>
<p>Mais là où la France a réussi, d'autres ont échoué. "Loin de fondre les éléments divers de ses domaines, la maison de Habsbourg les a tenus distincts et souvent opposé les uns aux autres. Or l'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. Aucun citoyen français ne sait s'il est burgonde, alain, taïfale, visigoth; tout citoyen français doit avoir oublié la Saint Barthelemy, les massacres du Midi du 13ème siècle."</p>
<p>Mais qu'est ce donc qu'une nation , s'interroge Renan.</p>
<p>Pourquoi la Hollande est elle une nation, tandis que le Hanovre ou le Grand Duché de Parme n'en sont pas. Comment la France persiste -t-elle à être une nation, alors que le principe (dynastique) qui l'a créée n'existe plus. C'est la gloire de la France d'avoir, par la Révolution Française, proclamé qu'une nation existe par elle-même.</p>
<p><i>La question de la race</i></p>
<p>Renan s'inscrit en faux contre toute tentative de fonder la nation sur la race, comme le font en particulier les pangermanistes de l'époque."C'est là, dit-il, une très grande erreur, qui si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès."</p>
<p>"La considération ethnographique n'a été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L'Allemagne est germanique, celtique et slave. L'Italie est le pays où l'ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Etrusques, Pelasges, Grecs , sans parler de bien d'autres éléments s'y croisent dans un indéchiffrable mélange."</p>
<p>"La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays , l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L'Allemagne fait elle à cet égard exception? Est elle un pays germanique pur? Quelle illusion! Tout le Sud a été gaulois. Tout l'Est, à partir de l'Elbe, est Slave. Et les parties que l'on prétend réellement pures le sont elles réellement? Pour les anthropologistes, la race a le même sens qu'en zoologie. Or l'étude des langues et de l'histoire ne conduit pas aux mêmes divisions que la physiologie. L'apparition de l'individualité germanique dans l'histoire ne se fait que très peu de siècles avant Jésus Christ. Apparemment, les Germains ne sont pas sortis de terre à  cette époque. Avant cela, fondus avec les Slaves dans la grande masse indistincte des Scythes, ils n'avaient pas leur individualité à part. Le Français n'est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers"</p>
<p>"Le fait de la race, capital à l'origine, va donc toujours perdant de son importance. L'histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. La race n'y est pas tout, comme chez les rongeurs ou les félins, et on n'a pas le droit d'aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant:"Tu es de notre sang;tu nous appartiens". En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau".</p>
<p>On ne peut qu'être frappé de la netteté de la pensée de Renan et du caractère prémonitoire de sa réfutation des arguments développés ultérieurement par les nazis, qui en fait mettaient leurs pas dans ceux des pangermanistes qui les avaient précédés.</p>
<p><i>La question de la  langue</i></p>
<p>" Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue."</p>
<p>"La langue invite à se réunir; elle n'y force pas. Les Etats-Unis et l'Angleterre, l'Amérique espagnole et l'Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation . Au contraire, la Suisse, si bien faite, puisqu'elle a été faite par l'assentiment de ses diverses parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l'homme quelque chose de supérieur à la langue, c'est la volonté. La volonté de la Suisse d'être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu'une similitude souvent obtenue par des vexations."</p>
<p>"La considération exclusive de la langue a, comme l'attention trop forte donnée à la race, ses dangers, ses inconvénients. Quand on y met de l'exagération, on se renferme dans une culture déterminée, tenue pour nationale; on se limite, on se claquemure. On quitte le grand air qu'on respire dans le vaste champ de l'humanité pour s'enfermer dans des conventicules de compatriotes. Rien de plus mauvais pour l'esprit; rien de plus fâcheux pour la civilisation. N'abandonnons pas ce principe fondamental , que l'homme est un être raisonnable et moral, avant d'être parqué dans telle ou telle langue, avant d'être un membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance: ils n'étaient ni français, ni italiens, ni allemands; Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l'antiquité, le secret de l'éducation véritable de l'esprit humain".</p>
<p><i>La question de la religion </i></p>
<p>"A l' origine, la religion tenait à l'existence  même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de la famille. La religion d'Athènes, c'était le culte d'Athènes même. Elle n'impliquait nulle théologie dogmatique. Ce n'était déjà plus vrai dans l'Empire romain, avec les persécutions en particulier des Juifs par Antiochus Epiphane pour les amener au culte de Jupiter Olympien."</p>
<p>"De nos jours, la situation est parfaitement claire. Il n'y a plus de masses croyant d'une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu'il peut, comme il veut. Il n'y a plus de religion d'Etat; on peut être français, anglais, allemand, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte. La religion est devenue chose individuelle; elle regarde la conscience de chacun";</p>
<p><i>La question des intérêts</i></p>
<p>"La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes. Suffit elle à faire une nation? Je ne le crois pas. Elle fait les traités de commerce. Il y a dans la nationalité un côté de sentiment. Elle est âme et corps à la fois; un"Zollverein" n'est pas une patrie."</p>
<p><i>La question de la géographie </i></p>
<p>"La géographie est  un des facteurs essentiels de l'histoire. Peut on croire cependant, comme le croient certains partis, que les limites d'une nation sont écrites sur la carte et que cette nation a le droit de s'adjuger ce qui est nécessaire pour arrondir  certains contours, pour atteindre  telle montagne, telle rivière, à laquelle on prête une sorte de faculté limitante à priori ? Je ne connais pas de doctrine plus arbitraire et plus funeste. Avec cela, on justifie toutes les violences. On parle de raisons stratégiques. Rien n'est absolu; il est clair que des concessions doivent être faites à la nécessité. Mais il ne faut pas que ces concessions aillent trop loin. Autrement, tout le monde réclamera ses convenances militaires, et ce sera la guerre sans fin  (Par rapport au Proche Orient, quelle prémonition!).</p>
<p>"Non, ce n'est pas la terre plus que la race qui fait une nation. La terre fournit le substratum, le champ de la lutte et du travail; l'homme fournit l'âme. L'homme est tout dans dans la formation de cette chose sacrée qu'on appelle un peuple. Rien de matériel n'y suffit. Une nation est un principe spirituel, résultant des complications profondes de l'histoire, <b>une famille spirituelle</b>, non un groupe déterminé par la configuration du sol."</p>
<p>Que faut il donc de plus que la race, la langue, les intérêts, l'affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires pour créer ce principe spirituel?</p>
<p><i>Conclusion </i></p>
<p>"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, les constituent. L'une est dans le passé, l'autre est dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis . La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est, de tous les cultes, le plus légitime. Les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des  grands hommes , de la gloire, voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet.</p>
<p>Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiments des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposés à faire encore. Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.</p>
<p>L'existence d'une nation est donc un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de la vie.</p>
<p>Les volontés humaines changent; mais qu'est ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront . La confédération européenne, probablement les remplacera (!!!). Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. A l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître."</p>
<p>"Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'oeuvre commune de la civilisation. Toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions.</p>
<p>Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle  a le droit d'exister."</p>
<p>Commentaires</p>
<p>On ne peut qu'être admiratif devant la beauté de la langue, la clarté de vues et d'expression de Renan face au problème complexe de l'idée de Nation. La liberté de pensée qui est la sienne et qui se manifeste dans la façon dont il arrive à la fois à envisager le caractère  fini de l'existence des nations,  à penser avec un siècle d'avance l'avènement d'une communauté européenne qui remet en cause  le contenu de la notion de nation, et à éviter le piège d'un idéal de suppression des nations dont il formule très bien le risque   de totalitarisme qu'il décrit avant la naissance du terme, montre la profondeur de la réflexion qui est la sienne.</p>
<p>Tous les débats actuels sur l'idée de nation sont déjà présents dans la façon dont il écarte, les uns après les autres , tous les présupposés "essentialistes" des courants ultranationalistes: idée  de race chez les pangermanistes et leurs émules nazis, idée de frontières naturelles ou de frontières de" sécurité ", dans les conflits du Proche Orient, idée d'union  douanière soutenue par certains tenants d'une Europe minimale, idée de fermeture sur sa culture "nationale" contenue dans  certains comportements communautaristes.</p>
<p>L'idée d'un concert des nations ou chacune d'entre elles a sa partition à jouer pour faire progresser l'humanité contredit les prétentions de chacune à être le peuple élu .</p>
<p>Mais c'est dans la partie "positive" de son étude du concept de nation qu'il est le plus magistral.</p>
<p>D'abord, par sa définition  de la nation comme une "famille spirituelle", il met l'accent sur le fait que ce sont des visions du monde qui sont partagées, et non des déterminations héréditaires, ce qui est prouvé en France par la possibilité pour les émigrants d'acquérir la nationalité française.  Cette famille spirituelle est composée par l'adhésion aux valeurs véhiculées par la société française: démocratie et république, laïcité et droits des femmes, liberté de pensée, d'expression et de critique, séparation des pouvoirs, mais aussi  qualité de l'existence, sophistication des produits, niveau élevé de la culture, variété des paysages et des types humains, etc.</p>
<p>Rien à voir avec un quelconque "Volksgeist" .</p>
<p>Mais ce n'est pas seulement une adhésion intellectuelle dont il s'agit. C'est également une adhésion affective: c'est l'entrée dans une famille, une affaire de coeur et de sentiment, qui fait que en France,( et dans les autres pays aussi bien sûr), les gens "aiment la France , tombent amoureux de la France (voir le livre de Jacqueline Remy: "Comment je suis devenu français", livre d'interviews de personnes, plutôt connues, qui ont pris la nationalité française).</p>
<p>Ensuite, c'est par sa  définition de la Nation comme une "conscience morale". L'acquisition de la nationalité ou le patriotisme tout simplement est inséparable de la notion d'une dette envers la collectivité, actuelle et passée. Envers le passé, même si on ne l'a pas partagé (dans le cas des personnes qui acquièrent ou ont acquis plus ou moins récemment la nationalité) parce que le passé est comme il le dit,  un capital social partagé par  tous les membres de la Nation ( la gloire, c'est à dire le renom, la valeur attribuée collectivement aux tenants de cette identité, mais aussi la culture longuement accumulée dans le creuset dont il parle, la longue sédimentation d'intelligence et de travail collectif qui aboutit à  la chance extrême que constitue le fait d'être  français dans le monde actuel, sur tous les plans). Envers la collectivité actuelle, qui maintient l'effort soutenu pendant des millénaires, et qui elle même, doit consentir à des sacrifices pour ne pas dilapider le "capital" culturel, scientifique, artistique , juridique, intellectuel et politique, et finalement humain constitué depuis si longtemps.</p>
<p>Ces conceptions de la Nation éclairent mieux  quelques uns des débats actuels:</p>
<p>L'acquisition de la nationalité française apparait ainsi légitimement comme devant être demandée, c'est à dire le résultat d'une déclaration d'adhésion à ses valeurs fondamentales, et non acquise automatiquement par des étrangers qui ne s'en aperçoivent parfois même pas. Les modalités étant évidemment à réfléchir soigneusement.</p>
<p>La raison en est ce que dit Renan, et qui paraît très juste: une nation n'existe que tant qu'elle est portée par l'adhésion de ses membres et leur acceptation de faire des sacrifices pour son maintien. Si  des personnes adhérentes d'autres cultures et d'autres valeurs que celles de la nation française ne reconnaissent pas celles ci, il y a un risque que au lieu de s'ajouter et de se féconder , elles minent  le maintien de cet effort, déjà contrarié par l'évolution des moeurs.</p>
<p>On peut dire la même chose pour la nation israëlienne : si les Israëliens eux mêmes ne croient plus en la finalité de leurs efforts, si l'image valeureuse qu'ils ont d'eux mêmes, minée par le conflit avec le peuple palestinien, se défait, et si les élites ne défendent plus la signification de leur effort, si les classes populaires se sentent abandonnées, alors un grave danger de disparition de cette nation existera.</p>
<p>Quelle place donner à partir de cette vision de la Nation aux peuples en Diaspora ? Encore une question qui n'a pas fini de faire couler de l'encre.</p>
<p>Georges Blond</p>
<p><i> </i></p>
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<title><![CDATA[BAYROU REPOND A SARKOZY SUR LA LAICITE]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2007/12/26/bayrou-repond-a-sarkozy-sur-la-laicite/</link>
<pubDate>Wed, 26 Dec 2007 18:21:54 +0000</pubDate>
<dc:creator>gblond</dc:creator>
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<description><![CDATA[D&#8217;après l&#8217;interview de François Bayrou  par Judith Waintraub publiée dans le Figaro d]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>D'après l'interview de François Bayrou  par Judith Waintraub publiée dans le Figaro du26/12/2007</p>
<p>La polémique  ouverte par  les propos de Nicholas Sarkosy sur la laïcité  et l'identité "chrétienne" française continue.</p>
<p>Nous publions, comme un élément à  apporter à ce dossier, l'essentiel de la réponse de François Bayrou, dont l'argumentation est puissante.</p>
<p>Répondant  à J. Waintraub qui lui demande ce qu'il pense du concept de "laïcité positive" défendu par N. Sarkozy, Bayrou relève la remise en cause de la conception de la laïcité  républicaine autour de laquelle la France s'est construite depuis la Libération.  En disant que la France a "intérêt"  à compter beaucoup de croyants, Sarkozy, dit-il, demande aux religions de fonder la morale du pays. "C'est le retour, qu'on croyait impossible en France, du mélange des genres entre l'Etat et la religion. Pour Bayrou, "la République n'a pas à sous-traiter l'espérance aux religions. La République est en charge de réaliser un monde meilleur et pas d'inviter à l'attendre. Cette conception sociologique de la religion fournissant l'"espérance" qui fait que les peuples se tiennent tranquilles et respectent les règles établies,on croyait que elle était loin derrière nous! Ce n'est pas autre chose que l'opium du peuple que dénonçait Marx... En réalité, l"espérance religieuse et l'espérance civique ne sont pas de même nature. Elles ne sont pas du même monde Au demeurant, la foi, ce n'est pas seulement l'espérance, ce n'est pas seulement pour l'avenir...".</p>
<p>Pour Bayrou, "lorsqu'on suggère que la morale républicaine doit se fonder dans les religions , on change d'approche. D'abord il ne revient à aucune autorité civile de trancher ainsi une question de conscience. Il est aussi anormal de voir un président dire que il faut se référer à la religion que d'en voir un autre affirmer qu'il faut  rejeter toute religion. Cette orientation dans un sens ou dans un autre n'est pas dans ses compétences. De surcroît dans une société plurireligieuse, on prépare les conditions d'un affrontement entre les différentes religions. Car quand elles se contredisent, qui décidera qu'une religion est supérieure à une autre dans le domaine  de la morale et des valeurs?"</p>
<p>De même,  il dit que quand N.  Sarkozy dit que "jamais l'instituteur ne pourra remplacer le pasteur ou le curé" dans l'apprentissage de la différence entre  le bien et le mal,parce que "il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de  sa vie et le charisme d'un engagement porté par l"espérance"  , il exprime exactement le contraire du message porté par Jules Ferry. La morale de l'instituteur n'est pas inférieure à celle du prêtre. Pour Jules Ferry, elle est la morale universelle au genre humain, qui prend garde à ne choquer aucune des familles qui confient leur enfant aux maîtres. La laïcité est un bien très précieux que la France a su définir avant et mieux que les autres. Elle détermine un espace public à l'intérieur duquel on ne fait pas intervenir la religion par l'autorité du dogme, et un espace intime familial, ou chaque être humain cultive ses convictions, une vision du monde , qu'il ne peut imposer aux autres. L'idée qui fonde la démocratie,, c'est la vision géniale que Pascal a exprimée de la distinction des ordres: il y a l'ordre du pouvoir,  l'ordre de la religion et l'ordre de la science.Le pouvoir doit garantir la liberté de prier et la liberté de penser dans les deux autres ordres. Mais l'homme n'est libre que si on empêche toute interférence entre ces ordres distincts. C'est un paradoxe curieux que celui d'un pouvoir qui affiche chaque fois qu'il le peut  sa"complaisance avec le matérialisme financier"et, en même temps souhaite faire de  la religion une autorité dans l'espace public.</p>
<p>Pour François Bayrou, les citoyens républicains et les chrétiens, qui peuvent être les mêmes,ont quelque chose en commun, c'est le "rendons à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.</p>
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<title><![CDATA[SARKOZY, LA LAICITE ET L'IDENTITE NATIONALE]]></title>
<link>http://ajhl.wordpress.com/2007/12/24/sarkosy-la-laicite-et-lidentite-nationale/</link>
<pubDate>Mon, 24 Dec 2007 11:19:53 +0000</pubDate>
<dc:creator>pl</dc:creator>
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<description><![CDATA[Le discours prononcé par Sarkozy lors de son voyage au Vatican marque clairement une rupture avec l]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p>Le discours prononcé par Sarkozy lors de son voyage au Vatican marque clairement une rupture avec la conception de la laïcité défendue par les chefs d'Etat français  dans la dernière génération.</p>
<p>Ceci pour une double raison: d'abord parce que la référence au christianisme comme source fondamentale de l'identité française constitue un virage  par rapport au souci constant des responsables politiques français de distinguer  d'une part,l'identité politique et citoyenne des Français, qui ne découle pas de la religion, mais au contraire de la lutte pour échapper au pouvoir politique de l'Eglise, et renforcer la séparation du politique et du religieux, et d'autre part, l'identité culturelle, qui elle, est bien liée  partiellement, aux valeurs religieuses et à l'imprégnation des mentalités par la référence fondamentale au christianisme.</p>
<p>Giscard d'Estaing et Chirac, dont on ne peut contester l'appartenance au monde chrétien , ont pourtant bataillé pour éviter  la référence au christianisme dans les textes constitutionnels de l'Europe. La laïcité est au contraire, dans sa dimension d'exclusion du religieux du champ politique, une dimension fondamentale de l'identité française, qui d'ailleurs la différencie en effet de la plupart des Etats européens.</p>
<p>Mitterrand, lui, qui avait relancé la guerre scolaire dans sa tentative  d'attaque contre le secteur privé de l'enseignement, avait aiguisé le conflit en prenant le parti d'une accentuation de la lutte contre l'influence éducative de l'Eglise, rompant l'équilibre institué depuis des décennies.</p>
<p>Le deuxième point qui introduit une rupture importante, c'est le parti pris appuyé de défense de la religion évoquée comme une source  indispensable de moralité et opposée  à l'athéisme, décrit comme un système de croyance instable, menacé par les idéologies  et donc présentant un danger de "fanatisme", ce qui ne manque pas de sel quand on voit la façon dont tous les intégrismes nourrissent les forces de haine et de violence les plus puissantes de l'époque. L 'Etat, s'il considère que la religion est un élément primordial de la société qui doit être soutenu, ne la considère plus comme un élément de la vie privée de chaque citoyen, une affaire de conscience personnelle, mais comme un élément d'une stratégie éducative qu'il doit promouvoir.</p>
<p>Il est peu probable  que Sarkozy veuille rallumer la guerre de la laïcité, et que des mesures mettant gravement en danger la laïcité soient prises, mais c'est clairement un nouvel état d'esprit qui se met en place. Rétrospectivement, on comprend encore mieux la mise en place du conseil des institutions musulmanes. On retrouve une conception bonapartiste, qui pense que la religion est  un moyen de stabilisation et de contrôle des populations qui  justifie de déléguer une partie de l'encadrement à l'appareil des religions.</p>
<p>Dire que "les racines de la France sont essentiellement chrétiennes" est à la fois vrai et faux. Car le  christianisme a été effectivement le fond de la pensée collective française pendant des siècles, mais  toute la culture française ne s'y réduit pas. Le fond celte préchrétien, l'influence énorme de la culture gréco-latine, le rôle décisif des lumières, et surtout, toute la modernité qui s'est développée hors de la religion,le faible rôle de  cette religion dans la production artistique et culturelle contemporaine, font que rabattre l'identité française sur son passé religieux exprime en fait un choix et non un constat objectif.</p>
<p>En fait, on a le sentiment que le fond de la pensée de Sarkozy, c'est que dans l'époque de perte des repères et des valeurs que nous vivons, seule la religion a le pouvoir de structurer les individus et les rapports sociaux, en tout cas beaucoup plus que l'athéisme, décrit comme ouvert à toutes les dérives . Or, c'est justement ce qui se produit de moins en moins: la religion est de moins en moins structurante pour les individus, et fonctionne de plus en plus comme une nébuleuse de croyances vagues, ou chacun fait son marché, et qui n'assure plus la cohésion intérieure ni collective des individus.Dans le combat pour le maintien des valeurs de la civilisation occidentale,  la position qu'il prend se ramène pratiquement à un appel à une sorte de "réarmement moral" qu'il lance -on se rappelle de l'usage de ce terme dans la lutte contre le communisme, à l'époque de la guerre froide-.</p>
<p>Ceci est inquiétant quand on fait le parallèle avec l'idéologie des chrétiens d'extrême droite aux USA, et leur conviction totale d'être les seuls détenteurs des valeurs morales, avec les lectures délirantes qu'ils font du monde moderne, et les conclusions politiques qui en découlent.</p>
<p>La laïcité n'est ni "le combat contre toutes les religions", ni  "le respect de toutes les religions", elle est la séparation du domaine politique et du domaine du religieux, considéré comme étant du ressort de la vie privée de chacun. C'est cette atténuation de la limite entre vie privée et vie publique qui est porteuse de dangers pour la démocratie. Dans son idée, du temps ou il était ministre de l'Intérieur, de modifier la loi de 1905 qui dispose que "la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte", il y avait déjà en germe la contestation de ce principe fondamental de la démocratie française.</p>
<p>Refuser de donner un pouvoir à l'Eglise n'est en rien "ignorer l'héritage  éthique, spirituel, religieux de son histoire ", "commettre un crime contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires qui imprègnent si profondément notre manière de vivre et de penser". Inversement, reconnaitre cet héritage n'implique nullement de donner aux Eglises les moyens d'établir et de renforcer actuellement leur influence sur une population dont 10 % seulement se déclarent pratiquants réguliers et près d'un quart incroyants.</p>
<p>Les sourires remplis de satisfaction des hiérarques de l'Eglise qui ont entendu le discours de Sarkozy montrent qu'ils apprécient à sa juste valeur le soutien que leur apporte ce nouveau compagnon de route. L'actualité récente, avec la conversion de  Tony Blair au catholicisme, montre que un homme politique peut à la fois avoir des convictions religieuses fortes et ne pas les traduire par une subordination de son action au soutien actif à une Eglise.</p>
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