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	<title>colonialisme &amp;laquo; WordPress.com Tag Feed</title>
	<link>http://wordpress.com/tag/colonialisme/</link>
	<description>Feed of posts on WordPress.com tagged "colonialisme"</description>
	<pubDate>Thu, 21 Aug 2008 06:44:54 +0000</pubDate>

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	<language>en</language>

<item>
<title><![CDATA[Deux ans d'Indochine: un fleuve de sang (1934)]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/?p=3045</link>
<pubDate>Fri, 25 Jul 2008 16:37:47 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/?p=3045</guid>
<description><![CDATA[Brochure de la Révolution prolétarienne de 48 pages, sans date mais estimée à 1934 [note de pré]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span>Brochure de la<em> <a href="http://revolutionproletarienne.wordpress.com">Révolution prolétarienne</a></em> de 48 pages,</span><span> sans date mais estimée à </span>1934 <span>[note de présentation par </span><a href="http://revolutionproletarienne.wordpress.com/2007/03/31/biographie-de-j-pera/"><span>J. Péra</span></a><span> dans le n° 177 de la <em>R.P.</em> du 25 juin 1934], numérisée au format pdf. Attribuée parfois à Marcel Martinet, cette brochure, qui revient notamment sur les massacres de 1930-1931, témoigne que la revue de <a href="http://revolutionproletarienne.wordpress.com/monatte/">Monatte</a> et <a href="http://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/louzon-1882-1976/">Louzon</a> était à la pointe du combat anticolonialiste.<br />
</span></p></blockquote>
<p style="text-align:center;"><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/07/indochine.pdf"><img src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/07/indochine001.jpg" alt="" width="350" height="475" /></a></p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/07/indochine.pdf">pdf</a></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[(NEO)COLONIALISME: Ca fini quand?..]]></title>
<link>http://bantous.wordpress.com/?p=50</link>
<pubDate>Sat, 28 Jun 2008 22:01:33 +0000</pubDate>
<dc:creator>Paul &#38; Mick</dc:creator>
<guid>http://bantous.wordpress.com/?p=50</guid>
<description><![CDATA[Le citron permettant la compétitivité de la France, son assise confortable au niveau international]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://bantous.wordpress.com/files/2008/06/arton10203.gif"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-51" src="http://bantous.wordpress.com/files/2008/06/arton10203.gif?w=128" alt="" width="128" height="85" /></a>Le citron permettant la compétitivité de la France, son assise confortable au niveau international, n'a manifestement pas fini d'être pressé... Joyandet l'a clairement dit lors de son passage sur France 24 le 20 Juin dernier (cf reportage ci-dessous). Le secrétaire d'État chargé de la Coopération et de la Francophonie, feignant maladroitement d'y être opposé, explique que le détournement d'argent public en Afrique ne doit pas être au centre des préoccupations de la France (sous entendu laissons-les faire tant qu'ils nous laissent faire!).<!--more--></p>
<p style="text-align:justify;">Alors, comment justifier cette pesante, étouffante et inutile présence de la France en Afrique?</p>
<p style="text-align:justify;">Le bon monsieur a une formule toute pré-mâchée qu'il régurgite fièrement à qui veut l'encaisser:</p>
<p style="text-align:justify;">"Plutôt que de leur donner des poissons, il vaut mieux leur donner des filets et leur apprendre à s'en servir..."</p>
<p style="text-align:justify;">Entendez-vous cela bande d'incapables assistés! Et s'ils se contentaient de cesser de nous injecter continuellement  leurs poisons, ces Français! Ne parviendrions-nous pas à sortir des mailles de leurs filets?</p>
<p style="text-align:justify;">Ensuite, a la question de savoir comment asservir davantage l'Afrique? Joyandet répondrait qu'il enverrait 15000 gardes fous supplémentaires ayant pour but d'augmenter "l'influence française" en Afrique car l'Afrique s'éveille! Dirait-il... Comprenez plutôt: il faut très vite les (les Africains) replonger dans leur léthargie caractéristique et si arrangeante avant qu'ils ne soient conscient de leur capacité à être autonomes. Et puis, ne voyez surtout pas une once d'humanisme  dans l'expression de Joyandet "Il faut changer...". Que nenni! la France aime les ressources de l'Afrique pas ses encombrants habitants d'africains... Les financements que la France envisage d'augmenter en Afrique sont un moyen de protéger leurs positions et de faire face à la grandissante concurrence Chinoise. La France ne fait que défendre "SES Valeurs" et non pas les intérêts des Africains ni de l'Afrique!..</p>
<p style="text-align:justify;">Alors pourquoi parle-t-il de partenariat privilégié avec l'Afrique me direz-vous? Je vous répondrai que, plus tôt dans cet interview, le malhabile orateur Joyandet parle de partenariat historique entre la France et l'Afrique... Alors que c'est de colonialisme dont-il s'est agit dans mon historique! Par partenariat privilégié il faut entendre néocolonialisme décomplexé à la française. Soudain, comme torturé par sa conscience, Joyandet ne pu soutenir plus longtemps son tissus de bêtises. Et lorsque le journaliste Sylvain Attal lui demanda:"...La France protecteur de certains mauvais comportements, gendarme de l'Afrique, ça continue?" Joyandet rétorqua sans hésiter: "bien sur mais..." regardez ailleurs je vous prie!</p>
<p style="text-align:justify;">Alors mon frère, ensembles ne regardons plus ailleurs!</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:right;">Paul &#38; Mick</p>
<p style="text-align:right;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:x-small;font-family:courrier new;">Extraits des déclarations de A. Joyandet :</span></p>
<p>·	« L’implantation des entreprises françaises en Afrique est l’une de mes priorités», interview à lejdd.fr, 20 mai 2008.<br />
· « J'ai des convictions mais je veux aussi défendre notre pays et ses parts de marché », propos rapporté par lejdd.fr, 19 juin 2008.<br />
· [Le détournement d’argent public en Afrique ?] « Ce sont vraiment des sujets qui ne me semblent pas devoir être au cœur de (...) notre expression », interview à France 24, 20 juin 2008.<br />
· « Si nous ne sommes pas les partenaires économiques privilégiés, alors on ne pourra plus défendre nos valeurs », Interview à France 24, 20 juin 2008.<br />
· « Il ne faut pas qu’on se fasse prendre notre place par des puissances émergentes ». « On veut aider les Africains, mais il faut que cela nous rapporte », Interview à Libération, 24 juin 2008.<br />
· « J’ai créé ma première boîte à 24 ans, sans un rond, c’était bien plus compliqué de faire cela que de s’occuper de l’Afrique ! », interview à Libération le 24 juin 2008.<br />
· « C’est nous qui allons envoyer des cerveaux », réponse à France 24 le 20 juin 2008 suite à une question sur l’immigration choisie.</p>
<p><code>[dailymotion id=x5uixk]</code></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p><em>Si vous avez aimé cet article, souscrivez au <a href="http://bantous.wordpress.com/feed/">feed rss</a> du blog afin de rester au courant des mises à jours.</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[AFRIQUE : Du vote protestataire au vote de soumission]]></title>
<link>http://bantous.wordpress.com/?p=38</link>
<pubDate>Mon, 23 Jun 2008 22:45:12 +0000</pubDate>
<dc:creator>Paul &#38; Mick</dc:creator>
<guid>http://bantous.wordpress.com/?p=38</guid>
<description><![CDATA[Voter pour protester
Du temps de nos grands parents, peu de temps avant l&#8217;indépendance, la pa]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Voter pour protester<a href="http://bantous.wordpress.com/files/2008/06/art_is_resistance_by_drift2012.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-42" src="http://bantous.wordpress.com/files/2008/06/art_is_resistance_by_drift2012.jpg?w=100" alt="" width="100" height="96" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Du temps de nos grands parents, peu de temps avant l'indépendance, la participation du peuple aux élections était forte de même que l'intérêt pour les débats politiques. C'était l'époque des Nkhruma et autres Lumumba, le temps des identités partisanes fortes. Le peuple était uni contre le colonialisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Voter pour se soumettre<!--more--></p>
<p style="text-align:justify;">Désormais, les coups d'États et les mises en places de gouvernements officieusement sous tutelle paralysent la compétition partisane. L'on ne vote plus ou bien l'on vote sans avoir le choix. Les idées de responsabilité et de responsabilité politiques sont remplacées par des rituels de légitimation aboutissant à forcer le consensus et interdire l'opposition. Les campagnes électorales donnent lieu à des cérémonies liées au culte de la personnalité du président.</p>
<p style="text-align:justify;">L'escapisme</p>
<p style="text-align:justify;">Dans ces conditions, comment voulez-vous que les électeurs ne veuillent pas échapper au rituel imposé ? Pour eux le vote n'a pas d'utilité. Pire, il est méprisable!</p>
<p style="text-align:justify;">Des décennies d'autoritarisme ont généré de la méfiance à l'égard de la politique.</p>
<p style="text-align:justify;">Seule option possible, l'escapisme!</p>
<ul style="text-align:justify;" type="disc">
<li>Est-il vraiment utile de voter compte tenu des faibles perspectives qui s'offrent à nous?</li>
<li>Avons-nous vraiment les marges de manœuvre nécessaires pour voter les programmes économiques et sociaux des gouvernements Africains?</li>
</ul>
<p style="text-align:justify;">Et lorsque nous votons c'est au prix du sang!</p>
<p style="text-align:justify;">Paul Biya, Omar Bongo ,Sassou Nguesso, Joseph Kabila, Idris Deby, Obiang Nguema, Blaise Compaoré, Houphouët Boigny, Gnassingbé Eyadema, Mobutu, Ismael Omar Guelleh, Charles Ghankay Taylor, Jean-Bedel Bokassa, Idi Amin Dada, Ahmed Sékou Touré, Ahmadou Ahidjo, etc, qu'avez-vous fait de l'Afrique?</p>
<p style="text-align:justify;">Nous, enfants d'Afrique, vous maudissons!</p>
<p style="text-align:justify;">Robert Mugabe, je ne t'oublie pas...</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:right;">Paul &#38; Mick</p>
<p style="text-align:right;">
<p style="text-align:justify;"><em>Si vous avez aimé cet article, souscrivez au <a href="http://bantous.wordpress.com/feed/">feed rss</a> du blog afin de rester au courant des mises à jours.</em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[FRAGMENT 3) Heidelberg au lieu de Pékin]]></title>
<link>http://fpbmc.wordpress.com/?p=20</link>
<pubDate>Sun, 22 Jun 2008 06:13:17 +0000</pubDate>
<dc:creator>fpbw</dc:creator>
<guid>http://fpbmc.wordpress.com/?p=20</guid>
<description><![CDATA[ 1966-1968 : Heidelberg statt Pékin
 1966 : la Chine en révolution et le départ manqué
Le foncti]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;color:#993300;"> 1966-1968 : Heidelberg statt Pékin</span></h1>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em> 1966 : la Chine en révolution et le départ manqué<br />
Le fonctionnaire sous tutelle : le mode français</em></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>1966-1968 : Heidelberg statt Pékin<br />
Heidelberg, relents du passé<br />
La peur de l’accent italien<br />
Le fonctionnaire sous tutelle : le mode allemand</em></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>“Renouveau” nazi ou continuité ?<br />
(ma première expérience animalière :<br />
j’assiste à une réunion nazie avec un étudiant SDS )<br />
</em></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>L’utopie compensatrice ou les effets psychiques de la Misère allemande.<br />
(Une manière d’éclairer un genre que l’on tend à discréditer)</em></span>
</p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Printemps 67 : une escapade à Hambourg, l’envers de Heidelberg</em></span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Pas à ma place. Nouveau départ</em></span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong><span style="color:#800000;"><em> Désir de changement </em></span></strong></span></h3>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Un jour du mois de novembre (ou décembre) de l'an 1965, dans un café à proximité du lycée </span><span style="font-family:verdana,geneva;">où j’enseignai l’allemand, à Nogent-sur-Marne</span><span style="font-family:verdana,geneva;">, devant notre tasse quotidienne, des collègues — jeunes — évoquèrent leur retraite (encore lointaine). Une manière d'énoncer l'ennui, un ennui intellectuellement mortifère. Le professeur de français, montrant sa pile de copies, disait devoir « lire » un mauvais livre par semaine, il se sentait devenir idiot, le professeur d'anglais disait s'ennuyer à répéter les mêmes règles, et ainsi de suite. Je fus littéralement prise de panique. Un désir de changement m’envahit.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le soir de ce même jour, lisant le <em>Monde</em>, j’entrevis en dernière page une courte information : la Chine recrutait des professeurs de français. Je posai ma candidature et un projet de thèse, <em>Brecht et la Chine</em>.  Je précise que j’avais une double licence, d’allemand et de français, que j’avais préparé un <em>Certificat de Littérature comparée</em> pour faire le lien entre les deux licences, et que j’apprenais le chinois aux <em>Langues orientales</em>.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le sentiment étrange que la vie se charge parfois de tisser, à l’insu de l’intéressé, des liens entre des éléments disparates qui, à première vue, paraîtraient incohérents.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ma candidature fut acceptée par les <em>Affaires étrangères,</em> puis par les instances chinoises. Je réussis, avec un entêtement certain, à négocier l'apprentissage du chinois. Pas simple à obtenir.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je fus soutenue dans ce projet par </span><span style="font-family:verdana,geneva;">madame Kouhana, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">rencontrée à Alger dans le cadre d’une démarche administrative, lors de mon affection en Algérie dans les années 1960-1962. C'est par elle que je connais tous les dessous d’une histoire à rebondissements.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je préparai donc mon voyage, rencontrai une jeune enseignante qui en revenait, elle me donna des conseils pratiques. Je me souviens, il fallait, entre autres, emporter des fermetures éclair, introuvables en Chine. J’en avais achetées une dizaine de couleur différente. Je les ai encore.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong><span style="color:#800000;"><em>Le fonctionnaire sous tutelle : le mode français</em></span></strong></span></h3>
<p style="text-align:right;">
<p style="text-align:right;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Il restait à obtenir le détachement de <em>l'Éducation nationale</em> aux <em>Affaires étrangères</em>. Une simple formalité, pensait-on, qui serait résolue lors du mouvement du personnel enseignant en juin. Furieux de n’avoir pas été consulté, l’inspecteur d’allemand M. F., mit son veto. <em>Qu’est-ce qu’un professeur d’allemand  pouvait  aller faire en  Chine ?</em> Dire que j’enrageai, c’est peu. Lui qui m’avait laissée partir contre mon gré en Algérie, malgré l’intervention d’amis le connaissant, créditant de son autorité la “pacification” colonialiste dans le cadre duquel j’étais envoyée en 1960,  s’opposait maintenant à mon projet chinois qui, de plus, était un vieux rêve d’enfance ! L’insupportable même. Après plusieurs nuits blanches, je décidai de démissionner à compter du 1er octobre 1966. Je passai le mois de juillet à rédiger une lettre de plusieurs pages au Ministre de l’éducation Nationale, qui, « fut lue et relue durant un mois par M. Sidet, Directeur de Cabinet », m'avait dit mon<em> auxiliaire,</em> madame Kouhana (<em>l'auxiliaire</em> étant dans la terminologie de Propp, l'allié de l'<em>agressé</em> dans le conte merveilleux). Dans cette lettre, je parlais longuement de mon expérience algérienne* qui m’est longtemps restée au travers de la gorge. «</span><span style="font-family:verdana,geneva;"> Je partirai en Chine quel qu'en soit le prix », avais-je dit aux responsables des relations avec les instances chinoises, qui redoutaient d'avoir à revenir sur une acceptation difficile à obtenir.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">L'année scolaire commençant le 20 septembre, </span><span style="font-family:verdana,geneva;">ma démission devenant effective le 1er octobre, j’étais donc au lycée quand madame Kouhana me téléphona. </span></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">— <em>Asseyez-vous ! </em>avait-elle dit en guise d’introduction. <em>Vous partez ! </em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’annonçai la nouvelle au Directeur de l’établissement avec la joie que l’on peut imaginer.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Cet affrontement avait fait le tour des couloirs du ministère, aussi, un jour, parlant chez des amis de cet inspecteur, connu pour ses positions intransigeantes, une invitée se mit à raconter <em>mon</em> histoire, ignorant que j’en avais été l’héroïne.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je n’ai jamais rencontré ce haut fonctionnaire, mais j’ai envoyé un bouquet de fleurs à sa femme, pour le remercier. Quand on demanda à mon <em>auxiliaire</em>, pourquoi cette obstination à partir en Chine, prise de court, elle inventa une histoire de <em>chagrin d’amour qui me tuait</em>. Fou rire ! Tout le monde compatit et comprit. J’aurai préféré qu’elle dise la vérité, à savoir que je trouvais inacceptable qu’un inspecteur puisse prétendre décider du cours de la vie d’un enseignant.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:right;">
<h3 style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong><span style="color:#800000;"><span> HEIDELBERG <em>statt </em>PÉKIN</span></span></strong></span></h3>
<p style="text-align:right;">
<p style="text-align:right;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">La révolution culturelle avait éclaté en août 1966, en octobre, les Chinois qui estimaient n'avoir plus besoin de professeurs de français annulèrent le contrat. J’étais détachée, mais je n’avais plus de poste. Un mois plus tard, en novembre 1966, je fus nommée sur un poste d'<em>Attachée culturelle</em> et déléguée au <em>Romanisches Seminar</em> de l'université de Heidelberg. Un poste que les enseignants des <em>Affaires étrangères</em> n’obtenaient  qu’après avoir travaillé dans les coins les plus reculés du monde.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’aurais pu, si j’étais partie en juillet, assister à la <em>Révolution culturelle</em>. Me connaissant, je crois que j’ai eu de la chance d’aller à Heidelberg et non à Pékin.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;color:#800000;"><em><span> Heidelberg, </span></em></span><span style="font-family:verdana,geneva;color:#800000;"><em><span> </span></em></span><span style="font-family:verdana,geneva;color:#800000;"><em><span>relents du passé et <a href="http://http://fpbw.wordpress.com/2008/03/">Misère allemande</a></span></em></span></h3>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’ai un rapport très physique aux villes. Je les sens comme un animal, sans grandes nuances. De l’ordre du rapport amoureux, de la détestation ou de l’indifférence. Je disais <em>adorer </em>Strasbourg, <em>détester </em>Troyes (cette ville où une femme qui se promenait seule en début de soirée — en juillet — donnait le sentiment de draguer), je disais avoir été fascinée par New York, Tokyo, avoir aimé Pékin (le Pékin où je séjournais du 21.03 au 30.04.1993), une ville que je trouvais laide, mais j’aimais les Pékinois, rieurs, curieux, inventifs, j’aimais ces hommes enceints portant leur enfant sous leur veste, j’aimais leur manière de traverser une large avenue entre les cyclistes qui, eux-mêmes, avaient un art de l’esquive, souvent étonnant, j’aimais ces groupes de soldats croisés, qui marchaient si mal aux pas cadencés, ces jeunes femmes qui avaient ingénument détourné l’uniforme militaire lui donnant une élégance fragile, j’aimais leur manière chaleureuse de vous reconnaître, de vous donner la main si vous demandiez de l’aide, leur manière de vous fourguer leurs marchandises avec une telle conviction qu’on se laissait faire pour le plaisir de jouer le jeu de la séduction.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quand j’aime une ville, je la conquiers avec mes pieds, qui en gardent une mémoire tenace. Pékin, New York collent toujours à mes semelles. Certaines villes me laissent indifférente, j’en garde alors un souvenir assez flou. Copenhague, Kyoto (mais oui!) appartiennent à cette classe de villes.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Heidelberg, la célèbre ville romantique, admirée pour son paysage, si romantique qu’un pilote américain aurait refusé, dit la légende, de larguer ses bombes sur la ville, me déplut dès mon arrivée. Pourquoi ? Je le découvris progressivement. À Heidelberg, épargné par les bombardements, flottaient dans l’air des relents faisandés du passé. Une manière d’être, de parler de la génération de l'<em>avant - früher, un temps où l'ordre régnait,  avant… avant… </em></span><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>on ne voyait pas çà !</em> </span><span style="font-family:verdana,geneva;">- <em>früher sah man so was nicht</em> (ces mouvements étudiants). <em>Früher,</em> un adverbe temporel si proche de <em>Führer </em>qu’on pouvait l’entendre comme un lapsus.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;">*</span></p>
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong><span style="color:#993300;"><em>La peur de l’accent italien</em></span></strong></span></h3>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">La nomination d’une lectrice de français portant un nom italien, Pastorell</span><span style="font-family:verdana,geneva;color:#ff0000;">o</span><span style="font-family:verdana,geneva;">, affola un certain Herr Professor du <em>Romanisches Seminar,</em> M. P. <em>Elle  risquait  d’enseigner le français avec un accent italien! </em>disait-il à qui voulait bien l’écouter, une manière de donner son avis sur une nomination pour laquelle il n’avait pas été consulté. Et pour cause, j'avais été parachutée de Paris par les <em>Affaires étrangères</em>, qui, après mon affrontement avec M. F., tentèrent de régler au mieux un détachement qui avait perdu son point de chute.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le jour de la réouverture semestrielle de l’université, les nouveaux enseignants devaient décliner leur CV devant l’aréopage des professeurs. Ce que je fis avec ma voix habituelle, qui aurait ressemblé à l’époque à celle d’Edwige Feuillère, m’avait dit un comédien du TEP**. M. P. n’a donc pas pu échapper aux charmes d’une telle voix. <em>— Ach, diese Stimme! - Ah, cette voix ! </em>disait-il, se répétant. Mais, j'ai la mémoire affective des éléphants.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Parce que Président d'honneur de l'Institut, le Professeur avait l’habitude de convoquer — et non pas de convier — lecteur ou lectrice de français, à un thé « pour les connaître ». En fait, pour assurer son autorité sur ces enseignants, marchant ainsi sur les plates-bandes du Directeur de l’Institut français qu’il estimait assez peu. Un autre métèque au nom slave (Tchégloff) qui manquait de titres universitaires. Une collègue, Monique Ch. qui avait l’habitude de se rendre à ces invitations/convocations, fut chargée de me dire que le Professeur P. m’attendait pour un thé, tel jour, à telle heure. Colère froide.<br />
</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em> — Pour qui se prend-il ?  Vous direz à M. P. que ce jour-là, j’ai mieux à faire!<br />
</em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Elle en fut étonnée, mais la réaction lui plut. Le Directeur de l’Institut français sembla apprécier ma réaction. M. le Professeur P. ne renouvela pas l’invitation. Nos relations ont eu cette bonne tenue un peu guindée que la distance polie confère aux jeux sociaux.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;color:#993300;"><em><strong>Le fonctionnaire sous tutelle : le mode allemand</strong></em></span></h3>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">En Allemagne, les fonctionnaires ou assimilés devaient jurer fidélité à la Constitution allemande, ce qui avait pour effet — entre autres — d’interdire le droit de grève aux fonctionnaires. Tout le monde, y compris les lecteurs étrangers, considéraient cette « allégeance » comme une formalité administrative. Quand je fus convoquée par le Directeur du <em>Romanisches Seminar</em> pour signer mon contrat, il me demanda de lire un texte engageant ma fidélité à la Constitution allemande. Personne ne m’avait prévenue. Je bondis, disant que je n’avais pas juré fidélité à la Constitution française, et que ce n’était pas en Allemagne, surtout pas en Allemagne, que j’allais commencer. De plus, j’ignorais le contenu de la Constitution allemande.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ce refus embarrassa tout le monde. Le Directeur de l’Institut français qui a probablement fait un rapport à Bonn, aux <em>Affaires culturelles,</em> n’était pas mécontent de cette réaction. Sans le dire ouvertement, diplomatie obligeant. Personne, devant ma détermination, ne risqua le rapport de forces. Le Directeur du <em>Romanisches  Seminar</em> a dû trouver une parade dans un statut hybride, j’étais à cheval sur deux institutions, l’Université allemande et l’Institut français. Mais, il déplora cette « réaction de Française ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Rétrospectivement, je pense que cette réaction à l’instinct, irréfléchie, ne manquait pas de flair politique, car c’est au nom de cette Constitution qu’en 1972, l’Interdiction professionnelle - <em>Berufsverbot</em> a été introduite, qui excluait de la fonction publique, les opposants, communistes en particulier, dans un pays où le Parti avait recueilli 2 % des voix. Le recteur de l’université de Heidelberg eut à subir les effets de ce décret — <em>le Radikallenerlass</em> — non pas parce qu’il était communiste, mais parce qu’il manquait de zèle dans l’application des sanctions. Peut-être avait-il gardé la mémoire du <em>Früher/Frührer</em>, car ce décret — dirigé contre <em>lesdits</em> « Radicaux » — qui visait  à intimider TOUTES les formes d’opposition, avait dans sa forme des accents douteux qui devaient troubler un démocrate.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong><span style="color:#993300;"><em>“Renouveau” nazi  ou simple continuité ?</em> </span></strong></span></h3>
<p style="text-align:right;"><strong><span style="font-family:verdana,geneva;"><span style="color:#993300;"><em>Ma première expérience animalière</em></span></span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans le courant de l’année 1966-1967, le <em>Nouvel Observateur</em> publia un article sur le «renouveau» nazi. Surprise, je partis en quête d’informations. Je m’enquis de la presse nazie, mais je ne parvins à trouver dans les kiosques qu’une feuille de choux locale insignifiante qui avait peu de lecteurs. Une manifestation devait se tenir dans les environs de Heidelberg. Je décidai d’y aller, mais pas seule.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">C’est ainsi qu’un étudiant SDS aux cheveux longs (à l’époque, un signe d’appartenance politique) et une lectrice, vêtue d’un tailleur de cuir noir, qui cachait son regard derrière des lunettes de soleil noires, se rendirent à une des premières réunions officielles nazies de l’après-guerre, dans une ville universitaire, Heidelberg. Vu le cadre, le couple devait paraître bizarre. Aux innocents les mains pleines, j’avais pourtant l’intention de passer inaperçue.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quand j’entrai dans la salle (moyenne), j’eus d’abord un choc, une première impression très désagréable : la majorité des participants étaient âgés, mais je repérai, parsemés dans la salle, des jeunes gens qui avaient de belles têtes ardentes, les mêmes que je croisais à l’université. La relève semblait assurée. Désagréable et  inquiétant.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Sur une table, à l’entrée, des piles d’ouvrages. Je jetai un œil, les couvertures ressemblaient à celles de ces ouvrages que l’on trouvait alors dans les gares, criardes et aguicheuses. J’avais été tentée d’acheter quelques ouvrages, mais l’étudiant qui m’accompagnait me dit, sur un ton vif, <em>qu’il ne salirait pas le coffre de sa voiture avec cette littérature ! </em>Dissuasif.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Nous nous sommes installés, discrètement. L’étudiant qui m’avait accompagnée, « vraiment pour me faire plaisir », lisait un journal, décidé à ne pas perdre son temps à écouter leur <em>Quatsch</em> (baratin). De mon côté, je me tenais sage comme une image, prenant scolairement des notes, tout en observant discrètement les gens autour de moi, derrière mes lunettes noires. En face, légèrement sur la gauche, un homme de quarante ans environ, une “tête de sympathisant nazi classique”, à proximité une jeune femme, grise, qui sortait tout droit de ces intérieurs petits-bourgeois qu’il faut avoir connus pour savoir à quel point on y sent le moisi, le renfermé physique et moral. <em>Muffig.</em> En face de moi, un homme d’une trentaine d’années en costume bleu-gris, échappa à ce classement rapide au faciès. Je lui trouvais une tête de “syndicaliste”. Allez savoir pourquoi.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les discours commencèrent. Un vieux monsieur, un Allemand de l’Est qui avait été chassé des territoires polonais, nombreux dans la salle, du genre ancien combattant, presque émouvant dans ses nostalgies territoriales, parla de la reconquête des territoires perdus, non seulement des terres échues aux Polonais, mais aussi de l’Alsace et la Lorraine. Je me préparais à demander, poliment, quelle solution il envisageait, si les Lorrains et les Alsaciens refusaient cette nouvelle annexion. <em>Par la discussion ! </em>ne cessait-il de répéter.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Pour continuer à vivre, il avait manifestement besoin de rêver. Pas de quoi s’émouvoir.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Durant les dix premières minutes, la salle était calme, tout le monde écoutait poliment. Et puis, ça et là des ricanements, des rires, des éclats de voix ironiques commencèrent à produire une électricité communicative. Celui que j’avais étiqueté « sympathisant nazi », qui n’avait cessé d’opiner du menton, lâcha même un «<em> zu primitiv-trop primaire » </em>quand il entendit le ricanement de son voisin, la « tête de syndicaliste », qui me prit subitement à témoin, en allemand : <em>— Vous entendez ? à mourir de rire !  Il va repartir à la conquête de l’Alsace et la Lorraine! </em>Je le regardai, interloquée, pourquoi s’adressait-il à moi et non à son voisin immédiat qui venait de dire<em> zu primitiv</em> ? Il continua d’ironiser, toujours ne s‘adressant qu’à moi.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">En fait, au bout de vingt minutes environ, tout le monde savait qui était qui. Je n’étais pas la seule observatrice. Les jeunes gens dont la présence m’avait désagréablement surprise étaient des étudiants venus apporter la contradiction. Je respirai et ça devait se voir, je regardai la salle avec un certain plaisir, je surpris alors des regards proprement meurtriers. Un énorme bonhomme, à l’autre bout de la salle, me fusillait du regard.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Cette reconnaissance physique, animale, m’a toujours intriguée. Enseignante, nécessairement attentive à ce qui se passait dans la classe, j’ai toujours été fascinée par les radars des enfants.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quand un enseignant entre pour la première fois dans sa classe, il est face à un groupe qui fait bloc face à l’intrus, avec lequel ils vont devoir vivre un an. <em>Qui est-il ? </em>Tous leurs sens sont mobilisés, tendus vers la réponse. Mille radars sont braqués sur la peau de l’intrus, il est impossible de tricher, ils savent très vite qui l’on est, avant même qu’on ait parlé. Ce savoir a toujours été pour moi très mystérieux. Quand l’occasion se présentait, je questionnais. Des élèves de seconde du lycée de garçons d’Orléans qui avaient chahuté leur professeur d’allemand, de la sixième à la troisième, et qui étaient donc nuls en allemand, m’ont dit après un semestre durant lequel je leur avais mené la vie dure :</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em> —    C’est une question de peau !<br />
—   Ça veut dire quoi ?<br />
—    Ça se sent, si un prof s’intéresse ou pas à nous,... ça se sent... s’il a peur, on le bouffe !</em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Image spontanée du dompteur dans la cage des fauves. Qui se fera bouffer ? Si l’enseignant de manière aussi instinctive que les élèves ne détruit pas cette cage et ne dit pas clairement, avec son seul corps, qu’il n’a pas l’intention de bouffer, mais qu’il ne se laissera pas bouffer, il vaut mieux qu'il change de métier. Il m'est arrivé, quand j'étais maîtresse-auxilaire, d'entrer dans des classes bordéliques pour apporter un pli à un enseignant incapable de tenir sa classe, le spectacle en était navrant.<br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">D’une manière sinon semblable, du moins approchée, quand des individus inconnus pénètrent dans un espace où se réunissent des individus qui partagent un même idéal (en ce cas, une réunion de nazis nostalgiques), et qui donc font masse au sens électro-magnétique du terme, la question immédiate, non formulée, est de savoir si ces inconnus sont des sympathisants ou des indésirables. Avant même d’êtres verbaux, les relations commencent par être physiques, corporelles, car nos corps, à notre insu, envoient des signaux que le groupe mis en alerte par cette présence, décode inconsciemment.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je suis convaincue qu’il s’agit là d’un vieil héritage phylogénétique, très archaïque et encore très vivant chez les enfants qui vous « sentent » comme le fait un animal. Des situations d’alerte réactivent cet héritage chez l’adulte. Celui qui est sur le qui vive, qui craint, envoie à son insu des messages d’alerte imperceptibles, mais visibles à l’œil exercé. Je suis souvent étonnée par la transparence de certains corps. Nous sommes façonnés par nos actions, par nos pensées, par ce que nous sommes déjà devenus, et nos corps signifient à notre insu. Les fins limiers le savent. Une très vieille histoire de chasseur.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quoi qu’il en soit, ce soir-là, nous, les opposants, étions à découvert vingt minutes après l’ouverture de la réunion. Sans avoir rien dit. J'ai compris après-coup (comme souvent) que j'étais moi-même transparente !<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’eus à peine le temps d’admirer l’insolence de ceux que les appareils politiques appelaient «gauchistes», insolence qui désarçonna rapidement les vieux combattants. Derrière leur aménité de façade — <em>ils se disaient ouverts à la discussion, car il ne fallait pas reproduire les erreurs du passé</em> — la férocité était tapie, manifestement, ils auraient souhaité pouvoir envoyer ces jeunes contradicteurs à la géhenne.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">L’étudiant qui m’avait accompagnée commença à lancer en silence des signes d’impatience, il finit par me demander <em>si je n’avais pas encore assez vu. </em>J’aurais aimé assister à toute la manifestation, mais je ne voulais pas abuser de sa bonne volonté. Nous avons quitté la salle en claquant la porte. Dans la voiture, une 2CV, il me demanda si j’avais eu vraiment l’intention d’acheter des ouvrages nazis.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em> — Oui et non !<br />
— Oui, parce que je pense qu’il est bon de savoir ce qu’ils écrivent et lisent! Non, parce que leur donner de l’argent a quelque chose d’insupportable.<br />
— On aurait dû les voler ! </em>conclua-t-il.</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Bonne idée ! </em>Et aussitôt, je me mis  à délirer sur ce qui aurait pu se passer si une <em>Attachée culturelle</em> de l’Ambassade de France, lectrice à la prestigieuse université de Heidelberg, avait été prise en flagrant délit de vol de livres nazis dans une réunion nazie, en compagnie d’un étudiant SDS, chevelu. Ce fut une beau fou-rire ! Et une manière de dissoudre le malaise physique qui sournoisement avait engourdi nos corps.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Aujourd’hui, je me demande comment aurait réagi l’Ambassade. Il est sûr qu’au minimum, on m’aurait rappelée à l’ordre et à plus de discrétion. Et au maximum ? Il importe de rappeler, au risque de répétitions, qu'en 1966-1968 le national-socialisme, le fascisme, le vichysme n’étaient pas encore des objets d'études très répandus. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">De l’ordre du refoulé collectif européen, au sens psychanalytique du terme. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Les effets de ces obstructions aux causes multiples furent douloureux pour les victimes.</span></p>
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">La manifestation nazie à laquelle j’avais assisté m’avait paru si archaïque que je ne parvenais pas à prendre au sérieux ces résurgences. « Le retour des nazis » me paraissait une affaire « gonflée » et je m’apprêter à écrire au <em>Nouvel Observateur.</em> D’où ma surprise, quand une semaine plus tard, mon accompagnateur déposa sur mon bureau une pile de journaux nazis. Le <em>Deutsche Studentenanzeiger</em> (DSA) était «<em> distribué gratuitement et massivement dans les universités. Il les avait trouvés chez un camarade qui surveillait de près les résurgences du nazisme contrairement à lui</em> ».  <em>Ce journal,</em> continua-t-il, <em>avait été interdit. </em>Organe du <em>Bund nationaler Studenten,</em> il avait eu pour titre <em>Student im Volk- Étudiant dans le peuple.</em> Il avait reparu en juin 1961, et depuis mai 1962, il était publié par le NATIONAL-VERLAG qui appartenait à Waldemar Schütz, qui avait appartenu à l’Ordre des Junker - <em>Ordensjunker,</em> avant de devenir Hauptsturmführer de la SS. Schütz publiait aussi le <em>Deutsche Wochen-Zeitung </em>(DWZ), journal de la droite radicale, le REICHSRUF (L’Appel du Reich), organe du <em>Deutschen Reichs-Partei </em>(DRP) qui deviendra à partir de janvier 1965, l’organe du NPD, sous le titre <em>Deutsche Nachrichten</em> (Nouvelles allemandes). Les rédacteurs et collaborateurs du DWZ étaient d’anciens nazis, connus : Heinrich Härtle, Dr. Peter Kleist, Dr. Hans W. Hagen, Prof. Dr. Herbert Cysarz...</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les DSA et DWZ partageaient des articles culturels. Un certain Peter Dehoust du DWZ avait signé dans le journal étudiant, DSA, une attaque contre Eugen Kogon, auteur d’un des premiers ouvrages sur le système nazi, <em>Der SS-Staat - Das System der deutschen Konzentrationslager</em> paru en 1946. Un certain Dietmar Holleck avait engagé au printemps 1966, une polémique avec le Professeur Dr. Helge Pross de Giessen qui avait pris position à la télévision contre l’expansion du radicalisme de droite à Giessen.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’avais de quoi faire ! Sur la pile de journaux nazis, il avait pris soin de déposer un mensuel de gauche, CIVIS, n° 12, 1966, qui s’interrogeait sur le retour des nazis.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je me souviens avoir lu quelques numéros du DAS, avec difficulté. J’ai retrouvé le carnet où j’avais collé les échanges épistolaires Pross-Dehoust-Holleck et relevé, avant de jeter les journaux, des bribes d’arguments et différentes dénominations des “rouges” étudiants, plus pour m’en amuser que pour les penser.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Aujourd’hui, la relecture des notes me sidère. Comme me sidère ma naïveté de l’époque. Le territoire politique s’était réduit pour moi aux « gauches – <em>die Linken</em> » qui, à l’université de Heidelberg, occupaient bruyamment le terrain. En fait, le renouveau nazi n'était qu'une forme de continuité et les mouvements étudiants, des formes de contestation qui tentaient d'ouvrir l'Allemagne sur autre chose. S'y manifestait aussi le mal-être de la nouvelle génération, fils, filles de parents compromis par leur adhésion ou leurs silences ou leurs compromis. </span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Et pourtant... dans cette ville sur les rives délicieuses du Neckar, les relents fascisoïdes se rencontraient avec une telle fréquence dans de menus détails de la vie quotidienne que j’étais en permanence traversée par une angoisse diffuse, insaisissable. Parfois même insue. Vous couriez vers un tramway sur le point de démarrer, pour gagner quelques mètres, au lieu d’entrer à l’avant, vous entriez par la porte du milieu, une fois sur deux, il se trouvait un conducteur pour fermer les portes sur vous et vous engueuler. <em>— Ce n’était pas l’entrée, das macht man nicht ! ...</em> vous étiez donc coincé entre les deux portes. Dangereux et douloureux. Seule une remarque désobligeante sur « l’ordre » teuton me délivrait.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans une<em> Wirtshaus</em> où j’entendis un bonhomme embiéré tenir un discours nazi sur les Juifs, j’ai perdu mon sang-froid, quand j’ai vu des têtes opiner, j'ai ridiculement menacé l'individu avec un tabouret, s’il ne se taisait pas. Je me souviens encore de la surprise... et du silence. Aujourd'hui, je déposerai plainte.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Une autre fois, j’étais dans un autobus à l’arrêt, une fillette traversa la rue en courant pour attraper de justesse l’autobus qui allait démarrer. Elle faillit se faire écraser. L’enfant était blanche à faire peur. L’autobus était plein de femmes d’un certain âge, mères ou grands-mères. On aurait pu penser que l’une d’elles s’occuperait de la fillette, l’apaiserait. Elle n’avait pas mis le pied dans l’autobus que celui-ci se transforma en une basse-cour piaillante, elles houspillaient, injuriaient la fillette ! Je lâchai quelques remarques rageuses bien senties, les renvoyant à ce sésame de l'ordre teuton, <em>Das-macht-man-nicht </em> -  <em>Ça ne se fait pas !</em> L’autobus fit silence d’un coup. J’aurais préféré qu’on remette l’étrangère à sa place, mais non, même pas. J’avais crié plus fort qu’elles, et elles s’étaient tues. La secrétaire du <em>Romanisches Seminar, </em>avec qui j’aimais bavarder, m’avait dit un jour, au sujet du <em>Das-macht-man-nicht! </em><em>— Si vous tombez, ils ne vous aident pas à vous relever, au contraire ils vous donneront le coup de grâce !</em> Cette remarque qui faisait écho à celle d'une collègue, Idoine, rencontrée en Algérie, parlant d’un officier SS de Ravensbrück, qui achevait à coups de bottes la femme tombée à terre, avait insufflé une colère froide à mes remarques.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Parce que Rainer W. Fassbinder a su capter ce 'fascisme' larvaire au quotidien, j’ai toujours eu des difficultés à voir ses films qui remuaient quelque part, ces angoisses diffuses qui parfois me submergeaient à Heidelberg.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans cette ville que je n’ai pas aimée, mon univers se limitait à l’Université et à la fréquentation d’étudiants, SDS en particulier, qui me rassuraient sur l’Allemagne. L’intense politisation de cette génération s’accompagnait d’une insolence qui me ravissait, moi qui en Allemagne avais toujours souffert, dans le quotidien, de « <em>l’untertanisme</em> » teuton que l’on pourrait traduire comme un goût prononcé pour « la servitude volontaire ». Ces étudiants de gauche qui offraient des fleurs aux policiers qui, à l’époque, lors des manifestations, les précédaient à bicyclette comme de bons pères de famille, ces étudiants qui savaient réfuter — avec humour — des arguments douteux, en particulier le <em>früher </em>de la génération nazie, apportaient de l’oxygène à la germaniste que j’étais. J’assistais parfois à des réunions politiques, le foutoir gauchiste m’amusait, même s’il m’arrivait de percevoir ce quelque chose qui traverse toutes les formes de militantisme et qui n’est pas sans rapport avec le goût du pouvoir.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">À L’ÉPOQUE, ce que je ressentais restait flou, de l’ordre de la sensation. L’emploi du terme <em>pouvoir</em> aujourd’hui est un effet rétroactif d’une expérience plus riche.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je me souviens d’une jeune ex-Brigadiste rouge italienne, rencontrée chez une cousine à Bordighera, elle se disait férocement anti-communiste, antistalinienne. Elle s’était reconvertie dans l’animation culturelle, théâtrale. Quand je lui demandai ce qui l’intéressait dans cette nouvelle occupation, après quelques secondes de silence, elle dit : <em>— Il pottere sopra i gente —  le pouvoir sur les gens</em>. Lucide la fille. La lutte armée avait dû lui apporter quelques jouissances.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">AUJOURD'HUI, je sais que ce n’est pas le fascisoïde ordinaire qui est dangereux en soi — et de toute manière, avec ses mille facettes toujours se renouvelant, il est consubstantiel aux sociétés divisées (et pas seulement occidentales), certains même disent consubstantiel à l’humain (?), feignant de savoir ce qu’EST l’humain. Quoi qu’il en soit, le danger vient du <em>politique,</em> quand il vise à coloniser les imaginaires, à corseter les affects, à faire mousser les plus vils, quand, sous son impulsion, le disparate s’agglutine, quand le politique dénie la Loi, quand il parvient à donner en pâture à des haines intimes, ces Autres qu’il a pris soin d’exclure, fabriquant des points de fixation. Il est dangereux quand il réactive une tradition aux racines profondes. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Le ”national-conservateur” — anti-moderne, manichéiste, férocement antisémite —  est antérieur au nazisme. Le journaliste Wilhelm Marr avait créé une <em>Ligue antisémite-Antisemitenliga,</em> en 1879, Adolf Stoeker, Prédicateur à la cour, et son Parti social-chrétien - <em>Christlichsozial Partei,</em> développaient aussi un programme antisémite en 1879. </span><span style="font-family:verdana,geneva;"> En 1889, il existait deux partis antisémites au Reichstag. La première guerre mondiale radicalisera ces mouvements en Allemagne, mais pas seulement. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans les années 1966-1968, ces dangers n’existaient pas. </span><span style="font-family:verdana,geneva;"><br />
</span>
</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<h3 style="text-align:right;"><span><strong><span><em><span><strong><span><em><span><strong><span><em><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong><span style="color:#800000;"><em>L'aveuglement politique comme forme d'ignorance  historique ?</em></span></strong></span></em></span></strong></span></em></span></strong></span></em></span></strong></span></h3>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Durant ces deux années, je n’ai pas cherché à  <em>penser</em> le lien entre ce que je vivais au quotidien et ce qu’on désignait à tort comme un ‘retour’ du nazisme, analysé par CIVIS avec précision. À l'époque, je ne savais pas grand chose sur le nazisme, d'une part parce que j'en avais été protégée par un père prévoyant qui avait quitté l'Europe quand il comprit qu'une nouvelle guerre se préparait et ce dès 1934,  et d'autre part, parce que durant mes études de germaniste à la Sorbonne </span><span style="font-family:verdana,geneva;">(années 50)</span><span style="font-family:verdana,geneva;">, le silence le plus compact pesait sur le </span><span style="font-family:verdana,geneva;">nazisme et la littérature des exilés. Ernst Jünger était préféré à Brecht, « trop politique », malgré ses succès foudroyants en 1956 et ses effets transformateurs sur le théâtre européen, et très rapidement sur le théâtre mondial. Mais peut-on, décemment, estimer le pathos militaro-romantique de Jünger comme a-politique ?</span><span style="font-family:verdana,geneva;"> Enfin, le nazisme — même toiletté — me paraissait sans avenir comme <em>mouvement politique</em>, presque exotique, alors que j’étais sensible aux formes 'larvaires', 'fascisoïdes' qui continuaient à imprégner les corps, les têtes, le dire... Par manque de connaissances historiques, j'étais incapable de penser cette 'résurgence' comme une continuité, effilochée certes, qui aurait mérité d'être explorée.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">D'où une question d'importance : serait-il difficile, pour ne pas dire impossible, de penser <em>politiquement</em> sans savoirs historiques ?</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Et pourtant, le mensuel CIVIS  qui analysait la poussée électorale du NPD dans les années 1964-1966 dans différents <em>Länder,</em> le Bade-Wurtemberg, la Bavière, le Schlewig-Holstein, avançait des chiffres inquiétants. Dans les notes griffonnées, j’ai retrouvé les noms d’anciens nazis membres du nouveau NPD. Sur les onze membres du <em>Präsidium</em>, j’avais relevé 5 anciens combattants - <em>Ehemalige alte Kämpfer.</em> Wilhelm Gutmann, employé à Karlsruhe, fut un nazi de la première heure, maire de Baden en 1933 ; Otto Theodor Brouwer, commerçant de Brême, était entré au NSDAP en 1931 ; Otto Hess, responsable de la propagande et de la formation avait adhéré au NSDAP en 1930, il était devenu Obersturmbannführer dans la SS.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">La bête immonde était toujours là, un peu vieillie, défaite, mais pensant qu’elle avait l’avenir devant elle. Elle engraissait des deux côtés du rideau de fer. Métamorphoses de surface, mais non disparition. Et pas seulement parce que les pouvoirs démocratiques ou “socialistes” blanchirent d’anciens nazis. De part et d’autre, on usait d’arguments, de notions, méthodes, qui avaient été forgés ou consolidés durant le nazisme, sans même s’en rendre compte, tant les stéréotypes étaient entrés dans les langues européennes, dans les têtes. Dans la presse de la droite allemande, d’une manière très générale, les dénominations des « rouges » avaient des tonalités nazies, une même métaphorique bactériologique, réifiante, les mêmes stéréotypes, la même agressivité, l’appel au meurtre contre les « hordes bolchevistes ». Discours qui ont balisé la trajectoire des balles sur Rudie Duschke en avril 1968 sur le Kurfürstendamm, au centre de Berlin.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les résurgences du passé n’étaient pas de simples vestiges un peu folkloriques, mais une composante du paysage politique allemand, autrichien, européen. Je n’avais aucune raison d’être aussi rassurée que je l’étais. Comment effacer des années de discours et de pratiques fascistes ? Est-ce même possible ? La <em>Fraction Armée rouge</em>, les Brigades rouges, italiennes furent aussi du côté du meurtre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les exilés qui eurent le courage de revenir se disaient souvent horrifiés par ce qu’ils/elles entendaient. Élisabeth Hauptmann, collaboratrice de Brecht, employait le qualificatif « affreux » - <em>schrecklich.</em> Il fallait entreprendre un travail sur le langage, ré-élaborer les concepts, catégories détournés par le nazisme. Mais, de part et d’autre du rideau de fer, on leur rendit la tâche difficile, pour ne pas dire impossible.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans mes notes, je retrouve les mêmes lieux communs du discours nazi, le journal étudiant, <em>Deutsche Studentenanzeiger,</em> ne tentait même pas de renouveler le vocabulaire dans son rejet de la démocratie, il était question comme dans les discours de Hitler des <em>B</em></span><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>onzes-Bonzen,</em> des <em>vauriens-Nichtstuern </em>du Parlement<em>, </em></span>le bolchevisme restait <span style="font-family:verdana,geneva;"><em>le</em><em> </em><em>moyen</em> <em>d’internationalisation de l’âme - Mittel der seelischen Internationalisierung</em> ». Le DSA leur opposait « les valeurs morales et esthétiques éternelles - <em>ewigen sittlichen und äthetischen Werte </em>». Même mépris pour l'art et la littérature modernes, « décadentes » qui « détruisent toute la culture européenne ». </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quand le terme « juif » est absent, la critique de la nouvelle économie de marché suggère sa présence nocive. Mais, il n’est pas toujours absent. Quand Horkheimer, Adorno, commencent à interroger le nazisme, le DSA dénonce « ces folles paroles d’un groupe d’émigrants devenus à moitié fous de haine - <em>wirre Parolen einer vor Hass halb unsinnigen Gruppe von Emigranten </em>».  Et ce n’est évidemment pas de leur faute si ces « matadors » du discours délirant sont « Juifs, pour la plupart  - <em>Ist es unsere Schuld, dass  die Matadoren dieses blasphemischen Aberwitzes meistens Juden sind?</em> ». Sociologie, Psychologie, Sciences politiques « en sont infestées - <em>infiziert</em> ». </span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans les années soixante, le <em>Miracle économique- Wirtschaftswunder</em> avait laissé sur le trottoir des petites villes et dans les campagnes, certaines couches sociales qui se tournaient vers le NPD — comme Parti du NON à l’ordre social existant. Et pas seulement en Allemagne. En France, c’est Poujade qui assumait cette fonction du refus. Des événements internationaux viennent souffler sur les braises encore chaudes : la capture d’Eichmann et son procès en 1961 attisent chez les nostalgiques, la haine du Juif d’autant plus ardente qu’Eichmann <em>and Co.</em> ont échoué, des Juifs ont survécu qui témoignent et jugent, osent juger, leurs bourreaux. Et témoignent de l'extermination. Prague et les chars soviétiques alimentaient de vieilles craintes. Etc.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Les marais continuaient donc à fermenter, les odeurs nauséabondes ne gênaient pas grand monde.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">À L’ÉPOQUE donc, les résurgences du passé n’étaient pas de simples vestiges un peu folkloriques. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Ces résurgences </span><span style="font-family:verdana,geneva;">et l'antinazisme induit, comme rejet moral, </span><span style="font-family:verdana,geneva;"> participaient du refoulement général </span><span style="font-family:verdana,geneva;">de l'extermination des Juifs. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ne pas voir, ne pas entendre, ne pas voir ce qu'on a vu, ne pas entendre ce qu'on a entendu. L’aveuglement : une manière commode de se rassurer ? Comment éviter ses pièges en permanence ? Possible ? Car chaque époque a ses aveuglements. Par ignorance, complicité, paresse quand ce n'est pas, veulerie. Aujourd'hui, une majorité (droite/gauche confondues) ferme les yeux sur les effets ravageurs de la drogue (je ne parle pas même des effets physiques/psychiques qui deviendront des problèmes de santé sur le long terme, le coût en est déjà élevé), mais des effets politiques, économiques, des effets fascisoïdes sur la société. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">Sur le long terme. </span><span style="font-family:verdana,geneva;">On ferme les yeux sur tout ce que le trafic implique d'accepter en amont (intimidations, meurtre des paysans qui acceptent de se reconvertir, ou chassés de leurs terres, <em>et cetera</em>), en aval (soutien financier des terrorismes divers, entre autres, consolidation des réseaux mafieux, créateurs avertis de misère sociale, malgré d'apparents enrichissements de petites gens. Etc.). Pour ne citer qu'un exemple, parmi quelques d'autres, lourds de menaces.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em><strong><span style="color:#993300;">L’utopie compensatrice</span></strong></em></span></h3>
<p style="text-align:right;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">À Heidelberg, l’étroitesse de mes quelques univers ont eu des effets psychiques. C’est dans cette ville que j’ai écrit (dans ma tête), une utopie. J’écrivais dans les moments creux, c’est-à-dire dans les moyens de transport, habitant à la périphérie de la ville, j’avais le temps de m’évader mentalement vers un ailleurs rassurant.</span></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>On était en l’an 16 000, dans une société sage et rationnelle, socialisée et cultivée, s’efforçant de développer des sujets pléniers, critiques et imaginatifs. (Je la construisais en creux cette société, par opposition à la barbarie de notre société - comme tous les utopistes, mais à l’époque, je ne le savais pas).</em></span></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Des fouilles récentes avaient révélé l’existence de sociétés anciennes dont on ne savait presque rien, qui auraient, disait-on, disparu dans un vaste cataclysme. Il s’agissait d’une sorte d’immense centre d’informations où avaient été réunis des documents sur les </em><em>« Crimes contre l’humanité au travers les âges ». Des escouades de volontaires se mobilisèrent pour tenter de percer les mystères de ces sociétés disparues. Mon héros, un scientifique, se reconvertit et devint une sorte de professeur d’Histoire ancienne et de linguistique. Il commença par procéder de manière artisanale, un peu comme ces linguistes américains cherchant à comprendre le langage des populations ‘exotiques’ rencontrées. Un dur labeur. Avec ces fragments de connaissances, il entreprit la lecture des premiers ouvrages restaurés, entre autres, des documents qui portaient les mentions  « Colonialismes », </em></span><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>« Traite des Noirs », </em></span><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>« Fascismes »... Des étiquettes hiéroglyphiques. Il scrutait les pages, mais ne parvenait pas à comprendre ce que signifiaient les phrases lues, des agencements de hiéroglyphes qui ne faisaient plus sens. Car même quand il était parvenu à reconstruire la grammaire et le lexique de certains de ces discours, il ne comprenait pas. Pourquoi, par exemple, les femmes, les </em><em>Algériens, les Noirs ... semblaient avoir été considéré/es comme inférieurs/res, avec des statuts spéciaux, infantilisants. Et eux-mêmes semblaient avoir tenu les femmes noires, algériennes sous tutelle. Les inconséquences étaient trop nombreuses, il pensait qu’il s’était fourvoyé.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>La présentation de l’état des recherches en la matière avait un immense succès. Quand il tentait d’éclairer certains des hiéroglyphes, peu nombreux, qu’il pensait avoir déchiffrés, tels </em>infériorité, supériorité, riche, pauvre, <em>le public riait comme on rit à une bonne blague. L’inclusion du féminin dans le masculin provoquait des incompréhensions qui ressemblaient à ces malentendus que les Jésuites produisaient à la Cour impériale de Chine. L’unisexe leur était incompréhensible. Certains se demandaient même si ces ancêtres lointains n’appartenaient pas à une race asexuée disparue. Les incongruités des sociétés anciennes produisaient de nouvelles incongruités, voire des illogismes, dans la société nouvelle ! (J’avoue m’être beaucoup amusée à les produire).</em></span></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Un jour, le professeur d’Histoire ancienne confia le déchiffrement de documents d’Archives sur les colonialismes à un groupe d’étudiants/étudiantes, motivé/es et féru/es de linguistique. Ils/elles peinaient des semaines sur des fragments. Qu’entendait-on par « tenir le marché des nègres et de toutes autres marchandises », si « nègres » signifiait « Africain ». Personne ne pouvant imaginer qu’un Africain puisse être une marchandise, ils se demandaient quelle était la valeur de ce mot dans ce texte. Les relevés les plus sophistiqués les conduisaient dans des labyrinthes de contradictions.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Même quand les signes </em>esclaves, battus de verges, marqués, lynchées pour adultère <em>... avaient été identifiés, ils restaient incompréhensibles, parce que ne produisant aucune représentation, le document étant incapable de livrer ce qui l'avait produit. Après des mois de durs labeurs, ils/elles s’avouèrent vaincus/ues, ce passé était devenu inaccessible. Ils/elles retournèrent à leur société ordonnée comme un jardin à la japonaise, sans mauvaises herbes... À leurs rires aussi.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je suis de ces individus qui, en permanence, doivent lutter contre le désordre qu’ils produisent, aussi la belle ordonnance de ma société utopique, si rationnelle, si policée, avait-elle fini par m’ennuyer. J’introduisis deux éléments perturbateurs. La folie de mon héros qui, après avoir découvert et restauré des documents iconographiques, fut pris d’hallucinations. Situation d’autant plus dramatique que la société se trouvait dans l’incapacité de l’aider, ignorant ce qu’était la folie... et ne comprenant pas ce qu’il disait. Il s’enfonça dans le silence. La compagne du professeur — démunie devant ce qu’elle ne pouvait pas comprendre — rédigea un mémoire sur <em>La nécessité de détruire les documents du passé, </em>qui avaient eu des effets aussi ravageurs. Elle suggérait qu’il n’était pas utile de continuer à perdre son temps à tenter de déchiffrer des documents d’archives produits par et dans des sociétés vraisemblablement si différentes de la société présente qu’ils resteraient à jamais des énigmes, un document, estimait-elle, était trop étroitement lié à son lieu de production... Si des humains, comme il semblerait, avaient été victimes d’autres humains dans ces sociétés passées, c’était un problème qui concernait ces sociétés et non leur société présente. <em>Laisser le mystère aux mystères,</em> concluait-elle. L’engouement disparut et avec lui la recherche. Seuls quelques-uns, quelques-unes s’obstinèrent. On leur avait donné ironiquement ce nom inconnu et indéchiffrable, <em>nègre</em>.  Le paradis restait donc sous la menace de ce lointain passé énigmatique.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">L’équilibre retrouvé, j’introduisis un second ver avec un personnage de femme qui, <em>aimant avoir le ventre plein,</em> refusait entre autres, la limitation des naissances — sans pour autant accepter de s’occuper des enfants mis au monde. Enfermée dans son désir de <em>ventre plein,</em> elle était sourde aux discours rationnels. Que faire dans une société qui avait si bien domestiqué « le désir sauvage » qu’il était perçu comme une grave menace ? Que faire dans une société sans pouvoir de coercition ?<br />
</span>
</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je ne suis pas parvenue à résoudre le conflit !  Les disputes entre les partisans du <em>faire-avec</em> et ceux/celles qui craignaient la contagion étaient sans fin. Il importe d’ajouter que l’enfant, dans cette société, était au centre de toutes les préoccupations. La maternité était considérée comme un travail social, la future mère était l’objet d’attentions particulières, car on savait que les nuisances extérieures pouvaient atteindre le fœtus.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Cette anti-héroïne avait eu pour modèle, une femme que j’avais rencontrée et qui m’avait étonnée, l’enfant, une fois “pondu”, ne l’intéressait plus, elle disait aimer l’état de femme enceinte. De fait, ses nombreux enfants poussèrent comme des plantes sauvages. Une étudiante rémoise, féministe pure et dure des années soixante-dix, me dit sensiblement la même chose. Mais elle avait eu la prudence de donner à son fils, un « père-poule », l'espèce, rare avant 1968, commençait à se reproduire en plus grand nombre. Le désir de maternité en été devenu plus énigmatique qu’il n’y paraissait dans les discours mythifiant et la femme et la maternité.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quand j’ai quitté Heidelberg, j’ai oublié mon utopie qui fut un vaillant exercice de logique. Je glissais souvent sur des peaux de banane, les contradictions surgissaient à la pelle. Il n’est pas simple de penser une société radicalement différente de celle qui vous formate à votre insu. Pas simple de supprimer le vieux qui toujours nous habite. Où l’on bute sur les limites historiques de toute pensée, de toute entreprise, ce qui devrait rendre modeste quand on se retourne vers les aînés.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Quand, dans les années soixante-dix, à Reims, je travaillai sur <em>l’Utopie comme genre littéraire,</em> j’ai eu la surprise de découvrir que j’avais réinventé le genre, comme si le seul fait d’<em>utopiser</em> générait les lois du genre et ses logiques spécifiques. J’avais d’une certaine manière innové, en inversant le script utopique traditionnel suivant lequel, un héros civilisateur transforme un espace habité par des sauvages en espace politique, un <em>eu-topos</em>, modèle de société où les sauvages deviennent humains. Société qui persévère dans son être utopique grâce à de <em>Bonnes Lois</em> et à la conscience aiguë des menaces internes et externes qui planent sur tous les paradis. Mais, par goût de la contradiction, j’avais introduit dans l’<em>eu-topos </em>accompli, deux taupes, une anti-héroïne et un passé préhistorique si chargé qu’il détruisait qui cherchait à le déchiffrer. <em>A contrario</em>, j’ai compris pourquoi les utopistes, une fois la société paradisiaque créée, étaient obsédés par sa protection, pourquoi ils ne cessaient de développer une logique d’enfermement qui finissait par devenir menace pour l’utopie elle-même. Contradiction insoluble inscrite dans le projet utopique lui-même.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">De toute évidence, à Heidelberg, mon désir d’harmonie et de transparence était devenu fou ! Manifestement à Heidelberg, l’Utopie d’une société sans folies humaines fut un système de compensation pour une psyché soumise à dure épreuve dans le réel. Réel qui eut raison de mes échafaudages apaisants.</span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<p style="text-align:center;">
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em><span style="color:#993300;">Hambourg, l’envers de Heidelberg</span></em></span></h3>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je quittais Heidelberg, chaque fois que c’était possible. Au printemps 1967, j’allais à Hambourg. Cette ville portuaire, ouverte sur le monde, fut pour moi de l’oxygène pur. J’en garde un souvenir lumineux. Les Rhénans, les Bavarois parlent avec dédain des Allemands du Nord, ces « prussiens », certains mêmes, parmi des amis-amies alémaniques, les considéraient comme responsables du nazisme. Un peu simplet ! Quoi qu’il en soit, le stéréotype du Prussien s’effondra durant mon séjour à Hambourg. Chaque jour des trois semaines passées dans cette ville portuaire fut marqué par de petits faits agréables qui disaient la convivialité, l’ouverture aux autres, où se manifestait un humour, teinté parfois d’une ironie fléchante. Passant devant l’immense propriété du magnat du pudding Ödker, un Hambourgeois dit en riant <em>Pulver macht  Pulver - La poudre fait de la poudre, </em>en faisant un double geste, avec une main, il  simulait la manipulation de l’argent, avec l’autre, il montrait la  tête, <em>was drin liegt </em>(ce qui est dedans) en ajoutant, <em>— les Allemands mangent trop de pudding... Ça explique beaucoup de choses  !</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Toutes les généralisations sont douteuses, mais je ne résiste pas à dire que dans le train-train de la vie quotidienne, à l’époque, <em>les</em> Hambourgeois m’ont paru nettement plus intéressants que <em>les</em> Heidelbergeois. Et tant pis pour les exceptions !</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Dans une ville inconnue, j’ai pour habitude de marcher au hasard, sans plan précis. Pour m’y perdre. Au bout d’un certain temps de marche, j’ouvre un plan, pour essayer de repérer où j’ai abouti. À Hambourg, et nulle part ailleurs, il s’est toujours trouvé quelqu’un qui venait spontanément m’aider, au point que je n’osais plus ouvrir un plan dans la rue.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">En fin d’après-midi, j’allais au port dont j’aimais l’atmosphère. D’un côté des collines verdoyantes aux allures de Suisse normande, de l’autre, une intense activité, toutes les trois minutes passait un nouveau bateau qui déclenchait le rituel du drapeau que l’on hisse et baisse pour saluer le navire de passage. Un langage de marins, codé certes, mais convivial, ouvert sur le monde. Vers seize heures, je me souviens encore, les éclairages ciel/mer étaient subtils.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J’aimais ce grand port aux rives bucoliques où chaque après-midi, jour après jour, je nouais une conversation amusante avec un inconnu, un travailleur du port. J’ai découvert à l’époque, ce qu’on appelle le <em>parler populaire</em> allemand, l’équivalent du parler <em>titi-parisien</em>, fait d’une multitude de déplacements métaphoriques, métonymiques, où le <em>mât</em> devenait <em>pinsel (pinceau)</em>, le bateau <em>Kasten (boîte),</em> où moi-même, dans mon tailleur de cuir noir, je devenais <em>Schellfisch (morue).</em> La blague était constante, les réparties drôles, de petits feux d’artifice qui stimulaient à blanc les connections neuronales sur le qui-vive ! Il fallait comprendre vite et donner la répartie ! Des conversations pour le seul plaisir d’échanger avec une étrangère, souvent ponctuées par un jeu de devinette. Quand on me demandait ce que je faisais dans la vie, je proposais de deviner. Il était alors intéressant de voir comment se mettait en place un système de décodage social, de déductions logiques, parfois très fines, à partir de l’apparence, du comportement, d’une manière de parler, allemand en particulier. Si on ne devinait pas que je travaillais à l’Université, on me situait assez bien quand même. Je me souviens, l’un d‘eux avait regardé mes mains, pour dire ce que je n’étais pas. Un fin regard de prolétaire averti des différences sociales inscrites dans les corps. Et quand il m’arrivait de vouloir «remettre les pendules à l’heure», et de dire que mes parents avaient des origines paysannes, on me regardait, souriait et disait très justement :<em> — Oui, Oui.., mais vous n’en êtes plus ! - Ja, Ja..., Sie gehören aber nicht mehr dazu!</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Le matin de mon départ, avant de prendre le train, j’étais allée m’installer sur une terrasse qui avançait sur un petit lac intérieur, le temps était frais, mais très beau. La serveuse apporta à deux jeunes gens assez éloignés de ma table, une coupe somptueuse qui contenait un breuvage rosé, avec de la mousse. Je questionnai la serveuse : <em>—  un Berliner-Süsse</em> ! Deux minutes après, je vis arriver la serveuse avec la même coupe, <em>offerte par les deux messieurs là-bas. </em>Le vent léger avait porté ma question à l'oreille des jeunes gens<em>. </em>Puis, passant devant ma table, ils me demandèrent si j'avais aimé le breuvage.<em> </em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Ce matin-là, j’abandonnai Hambourg pour retourner à Heidelberg — avec tristesse. Peu après, je songeai à écourter mon contrat de trois ans. Pour aller où ? Je l’ignorai, mais j’étais déterminée à ne pas retourner dans le secondaire, j’avais eu le sentiment d’avoir abandonné le bagne. Un conseiller pédagogique qui m’avait conseillé de « donner moins », d’apprendre à m’économiser, m’avait dit qu’à « à ce rythme » je ne résisterai pas longtemps. Mais je ne sais pas « fonctionner à l’économie » devant un auditoire d’élèves ou d’étudiants. Seul, l’enseignement entrecoupé de journées d’études, de préparation, de recherches me convenait. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">J'ai aimé le travail avec les étudiants d'Heidelberg, qui m'ont beaucoup apporté, leur attention, leurs questions souvent pointues m'obligeaient à progresser. J’avais été chargée des cours de traduction de textes allemands en français, (l’équivalent du <em>thème</em> pour les Allemands), destinés aux étudiants de dernière année (niveau agrégation). Dans cette ville que je n'aimais pas, les amphithéâtres furent donc 'mes' espaces utopiques, réputés pour être <em>dialogiques</em>. Les instances du <em>Romanisches Institut</em> m'avaient accordé un bien précieux dont j'ai besoin : une grande liberté dans le choix des méthodes, des textes à traduire, dans l'organisation du travail, qui n'a jamais obéi à des règles très académiques. Avec pour rançon, l'auto-exploitation permanente.</span></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>*</strong></span></p>
<h3 style="text-align:right;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em><span style="color:#993300;">Pas à ma place</span></em></span></h3>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>Last but not least.</em> J’avais très vite compris que j’étais déplacée dans les instances culturelles des <em>Affaires étrangères</em>, dirigées à l’époque par M. le Professeur Cheval, ex-lecteur de l’université de Tübingen, dont j’avais suivi les cours de traduction, avec bonheur. Je me souviens encore de la traduction d’un poème de Jacques Prévert, qui narrait l’histoire de deux escargots endeuillés. <em>À  l'enterrement d'une feuille morte/Deux escargots s'en vont... </em>Prévert devint un auteur de chevet.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Mais si mon travail de lectrice à l’Université me passionnait, en revanche, mes rapports aux instances administratives françaises étaient souvent tendus, j’y étais mal à l’aise, pour de nombreuses raisons. Le travail à l’Institut français m’ennuyait, nous n’étions pas formés pour enseigner le français à des adultes étrangers. Les préparations des cours de traduction m’absorbant, je n’avais pas le temps de me former moi-même. D’où un sentiment de bricolage que je n’aimais pas. De plus, on attendait de moi des formes de représentation (cocktails, lectures...). Mais je ne suis pas mondaine. Pas assez diplomate, pas assez respectueuse des jeux sociaux. J’avais même tendance, dans certaines situations, à cultiver la provocation. Parfois même, c’était de la muflerie. Le réfractaire peut avoir des formes imbéciles. Je suis passée, je crois, à côté de rencontres qui auraient pu être intéressantes. Je n'ai pas le sens du réseau. Bref, je n’étais pas vraiment à ma place aux <em>Affaires étrangères</em>. Les raisons de partir s'accumulaient. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em> Mai 68</em> survint. Les portes des universités françaises s'ouvraient plus largement, un poste de <em>Littérature comparée</em> était vacant au Collège universitaire de Reims, on y désirait une germaniste. Je m’empressai de mettre fin au contrat, malgré un traitement nettement plus intéressant qu’en France (presque le double). Mon détachement aux <em>Affaires étrangères</em> facilita le passage, je n’avais pas à demander un détachement du secondaire dans le supérieur, à un moment où les germanistes étaient un bien précieux parce que rare. Les responsables du <em>Romanisches Seminar</em> ont soutenu ma candidature par de bons rapports, soulignant la dimension dialogique des cours de traduction. Une nouvelle étape s’ouvrait.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;">Je ne suis jamais retournée à Heidelberg. Une ex-étudiante, Wiltrud Eisenblätter, qui collecte fidèlement depuis 1968, les articles de presse sur Brecht, insiste pour que nous retournions ensemble sur les lieux de nos interminables discussions. Le salon de thé où nous bavardions n’aurait pas changé. Je remets toujours le projet à plus tard. La génération du <em>früher</em> a dû disparaître. Peut-être pourrai-je me réconcilier avec cette ville où enseigna Hegel et qui fut, au XIXe siècle, un foyer progressiste. Une ville où j’ai vécu deux ans, que je ne connais pas, je ne déambule, on l'aura compris, que dans les villes dont les habitants me séduisent — le seul paysage urbain ne suffisant pas à me faire marcher.</span></p>
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<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">* À paraître sous le titre <em>Alice-du-pays-des-merveilles </em>dans le bourbier colonialiste.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">** Théâtre de l'Est parisien où fut joué l'<em>Opéra de quat'sous </em>en 1969, dans lequel jouait ce comédien. Travaillant sur ce texte, j'avais demandé à Guy Rétoré, de vouloir bien m'autoriser à assister au travail de mise en scène.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><em>felie pastorello-boidi</em></span></p>
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<p style="text-align:center;"><span style="font-family:verdana,geneva;"><strong>******</strong></span></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Le Nationalisme philippin]]></title>
<link>http://asiesudest.wordpress.com/?p=10</link>
<pubDate>Mon, 16 Jun 2008 02:08:22 +0000</pubDate>
<dc:creator>Admin</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Arlette Tampan Cifuentes
Les Philippines sont une ancienne colonie espagnole et, comme tout pays]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Par Arlette Tampan Cifuentes</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les Philippines sont une ancienne colonie espagnole et, comme tout pays colonisé, elles se sont caractérisées par de nombreuses inégalités politiques, économiques et sociales suite à l’invasion de l’Espagne. Au début des années 1890, les Philippines développent le premier mouvement moderne anticolonialiste de l’Asie du Sud-Est. L’objectif étant la redistribution des terres aux paysans et de moderniser l’état sous une administration philippine et non espagnole. Toutefois, l’Histoire démontrera que le nationalisme philippin servira surtout la bourgeoisie, car même si l’indépendance des Philippines était désirée par toutes les classes sociales, l’élite voulait surtout se débarrasser du pouvoir colonial espagnol pour contrôler l’état seul;la démocratisation au niveau économique et social n’a jamais eu lieu.</p>
<p style="text-align:justify;"><!--more--></p>
<p style="text-align:justify;">Au départ, le mouvement est dirigé par une élite de jeunes hommes philippins éduqués en Europe nommés illustrados. Un écrivain, José Rizal, éveille la conscience du peuple en se moquant des conquistadors et des Philippins qui les imitent. Andres Bonifacio est influencé par ses écrits et se mobilise pour former la société secrète Katipunan.  Il devient le chef révolutionnaire du mouvement nationaliste. Toutefois, Bonifacio éprouve des  difficultés contre les forces espagnoles. En parallèle, un dénommé Aguinaldo obtient du succès dans une autre région des Philippes, Cavite. Dû à une rivalité croissante, les deux chefs décident de passer au vote pour qu’il n’y ait plus qu’un seul chef du mouvement révolutionnaire. Aguinaldo est élu.  En 1896, la révolution contre les Espagnols prend de l’ampleur. Aguinaldo mène le combat de l’indépendance; celle-ci est obtenue en 1898.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, avec le traité de Paris en 1898, les États-Unis prennent possession des Philippines. Le peuple désire garder son indépendance. Les Américains encouragent alors les nationalistes philippins à condition de créer un état démocratique collaborateur. La structure politique du pays prendra exemple sur le Congrèsaméricain et les riches familles philippines seront promues à des postes administratifs et désignés comme gardiens des terres. En échange, le secteur agraire devra répondre aux demandes des États-Unis. Bref, les relations commerciales avec les États-Unis continuent d’avantager l’élite et les étrangers.</p>
<p style="text-align:justify;">Le parti nationaliste officiel se forme en 1907. Un des dirigeants, Quezon en prend les règnes et unifie les différents membres partisans du nationalisme : l’église, les syndicats et les paysans. Il gagne les élections. Par contre, Quezon ne croit pas à la redistribution des terres et le secteur  agricole reste dans les mains de l’élite. Ce parti pris n’affecte en rien les Américains puisque Quezon favorise le même modèle clientéliste que par le passé (pour les États-Unis, ce qui compte c’est que le gouvernement philippin satisfasse ses demandes commerciales). L’absence de représentation populaire est renforcée par le fait que la structure politique ne force pas les dirigeants de l’État à maintenir des liens avec la population, ils ne sont pas tenus de présenter un programme politique et les chefs de partis sont élus par des votes contrôlés par des chefs locaux qui sont récompensés.</p>
<p style="text-align:justify;">Au début des années 1930, les partis socialiste et communiste (déclaré illégal par le gouvernement) prennent forme. Le gouvernement utilise des mesures coercitives (exécution, emprisonnement, exil forcé) pour affaiblir ces partis. De son côté, le parti nationaliste est fragilisé par des divergences internes. En 1946, il se scinde en deux : le parti libéral et le parti nationaliste. Toutefois, même si le parti libéral et le parti nationaliste se livrent une bataille pour obtenir la présidence, les deux sont plutôt conservateurs. La situation reste la même à travers les années 1950-1960.</p>
<p style="text-align:justify;">De 1966 à 1986, le président élu au nom de Marcos met en place un régime dictatorial aux Philippines. Le pouvoir des terres est détenu par Marcos et ses partisans hauts placés militaires. Encore une fois, le régime maintient une relation clientéliste avec les États-Unis aux dépens de la population philippine.</p>
<p style="text-align:justify;">À la chute du régime, le parti communiste des Philippines et la nouvelle armée du peuple (CPP-NPA) arrivent au pouvoir, il désire unir le peuple pour fonder une véritable nation et distribuer le pouvoir des terres. Le manque de support bureaucratique et la chute du communisme, une économie faible et les problèmes internes du parti font en sorte que cette tentative est un échec. On revient donc au modèle politique américain.</p>
<p style="text-align:justify;">La situation actuelle est à l’image des événements passés. Les discordes entre l’élite et les paysans pour le secteur agricole n’ont que changé d’acteurs, qui sont maintenant entre le gouvernement et le CPP-NPA. (Cheong, Yong Mun, 1999).Les assassinats politiques sont fréquents. Aux élections de 2007, il a été question de luttes armées et de morts d’hommes politiques (philippines.droitshumains.goolepages.com, 2007)</p>
<p style="text-align:justify;">---</p>
<p style="text-align:justify;">Kratoska, Paul. ¨Nationalism and Modernist Reform¨, in The Cambridge History of Southeast Asia , Vol. 3. Cambridge : Cambridge Univerity Press, 1999 : pp.245-286.<br />
Cheong, Yomg Mun.¨the political structure of the Independent States¨. The Cambridge History of Southeast Asia, Vol. 4. Edited by Nicholas Traling,  Cambridge university Press, 1999 : pp. 59-131.</p>
<p>www.philippines.droitshumains.googlepages.com</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Nationalisme et colonialisme en Indonésie]]></title>
<link>http://asiesudest.wordpress.com/?p=9</link>
<pubDate>Sun, 15 Jun 2008 01:39:35 +0000</pubDate>
<dc:creator>Admin</dc:creator>
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<description><![CDATA[Par Emmanuel Leroux-Nega
En 340 ans de présence dans l’archipel indonésien, la Hollande et son c]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Emmanuel Leroux-Nega</strong></p>
<p style="text-align:justify;">En 340 ans de présence dans l’archipel indonésien, la Hollande et son colonialisme ont grandement influencé et marqué le processus nationaliste indonésien. Il sera donc ici question de ses principaux effets.</p>
<p style="text-align:justify;"><!--more--></p>
<p style="text-align:justify;">Tout d’abord, l’Indonésie, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est le résultat de la  colonisation hollandaise. En effet, l’archipel, constitué de milliers d’îles, dont la plupart pratiquement inhabitées, était dirigé par différents monarques selon les régions et les périodes. Débutée en 1641, la colonisation des Indes néerlandaises ne se termine qu’en 1908 avec la prise de Bali et la fin de la guerre d’Aceh [1]. Ce long processus engendra donc une grande hétérogénéité des situations coloniales dans les différentes régions [2] de l’archipel. Il aura par contre pour effet de créer un territoire commun qui est, à quelques exceptions près, celui aujourd’hui occupé par l’Indonésie. Ce fut la première notion de territorialité indonésienne. Notion des plus importantes lorsqu’on considère que c’est un nationalisme de type territorial qui y fut défendu.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans la même logique, la colonisation a aussi eu un effet unificateur puisque, pour la première fois, l’ensemble de l’archipel, à différents degrés, se trouve dans un même état : celui de colonisé. Malgré les différences culturelles et ethniques entre les îles et régions, les diverses factions combattent ensemble, sur différents fronts, l’empire hollandais. Cependant, cette lutte est davantage régionale et anticoloniale que nationale et nationaliste. Lorsque l’objectif de libération est atteint, l’unité s’effrite.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« A common desire to proclaim nationhood through the recognition of a state that transcended both the capital and the hamlet was destroyed as the unity created in the face of a common colonial enemy fragmented ».[3]</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Malgré cette fragmentation, il est tout de même possible de conclure qu’un des grands effets du colonialisme est d’avoir, pour la première fois, unifié les différentes populations dans un combat commun. Historiquement parlant, les luttes révolutionnaires ou libératrices sont souvent au cœur de l’imaginaire collectif d’une nation.</p>
<p style="text-align:justify;">D’autre part, un courant, qu’il soit politique, économique ou même artistique, se développe souvent en opposition à un autre. Ainsi, plusieurs courants idéologiques et politiques indonésiens se créent en opposition au modèle économico-politique hollandais. Là où l’État colonial offre inégalités sociales, injustice, monopole des richesses et modèle capitaliste, les mouvements d’indépendances s’enlignent sur une mouvance réclamant l’égalité pour tous,  la juste distribution des richesses donc, bref,  le socialisme. Ainsi,</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« (v)ery early in the development of Indonesian national movement, socialism had come to be the symbol for a modernity opposed to that of imperialism, a modernity that would bring colonial people social justice, prosperity and independance ».[4]</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Ce mouvement s’accentue par le retour de jeunes intellectuels ayant fait leurs études à l’étranger et porteurs des idéologies modernes à la mode dont fait partie le communisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Avant l’arrivée des colonisateurs européens, les notions mêmes de nationalisme ou de liberté sont complètement absentes de l’archipel indonésien. Les différents sultanats y règnent en maîtres sur leur population et territoire d’influence. Ce sont donc les Hollandais qui  introduisent, simultanément à leur régime et souvent contre leur volonté, les notions de nation, de démocratie, d’autodétermination, etc. Notions qui seront à la base de la révolte contre leur colonialisme. En colonisant l’archipel, ils l’ouvrent aussi sur le monde. L’élite révolutionnaire nationalise réalise ainsi que son combat ne se fait pas dans un vase clos mais bien en interrelation avec un contexte international et régional particulier. L’observation des autres amène l’Indonésie à s’observer elle-même, à renouveler sa culture et à remettre en questions certaines de ses façons de faire [5]. Le mouvement nationaliste est alors un mélange entre respect des traditions et cultures locales et désir de modernité. Ainsi, le mouvement nationaliste indonésien s’est développé contre, mais aussi grâce au pouvoir colonial.</p>
<p style="text-align:justify;">On ne peut ignorer, en dernier lieu, que beaucoup des élites autoritaires qui suivent l’indépendance reproduisent, inconsciemment ou non, ce que l’Indonésie vécut sous l’occupation hollandaise. L’idée de la force comme moyen d’accaparation du pouvoir, le réflexe de centralisation du pouvoir et la distance entre l’élite dirigeante et le peuple sont pour beaucoup,hérités du modèle idéologique et politique colonial. S. Sloan explique que</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« (a) new indigenous elite fought for politcal power and, in so doing, lost contact with the mass wich it purportedly represented ».[6]</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Les notions de « démocratie guidée » ou de « Nouvel Ordre », plus tard avancée par Sukarno, sont des exemples frappants d’un paternalisme, aussi existant en Afrique, hérité directement de l’idéologie coloniale.</p>
<p>---<br />
[1] Britannnica., Indoneisa. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/286480/Indonesia. Page consultée le 27 avril 2008.<br />
[2]Wild, Colin et Peter Carey. Born in fire. The Indonesian struggle for independence. Athens : Ohio University Press. 1980 (p. 1)<br />
[3] Sloan, Stephen. A study in political violence. The Indonesian experience. Chicago : Rand Mcnally and company. 1971 (p. 23)<br />
[4] Wild, Colin et Peter Carey. Born in fire. The Indonesian struggle for independence. Athens : Ohio University Press. 1980 (p. 22)<br />
[5] Wild, Colin et Peter Carey. Born in fire. The Indonesian struggle for independence. Athens : Ohio University Press. 1980 (p. 4).<br />
[6] Sloan, Stephen. A study in political violence. The Indonesian experience. Chicago : Rand Mcnally and company. 1971 (p. 23).</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[L'arme de la reine-nègre sous le regard des larmes]]></title>
<link>http://renartleveille.wordpress.com/?p=710</link>
<pubDate>Wed, 28 May 2008 16:59:42 +0000</pubDate>
<dc:creator>renartleveille</dc:creator>
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<description><![CDATA[
Avec toute la polémique entourant l&#8217;utilisation du terme « reine-nègre » par Victor-Lévy]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img class="aligncenter" src="http://farm1.static.flickr.com/98/233940659_9874e2fde6.jpg?v=0" alt="" width="498" height="360" /></p>
<p>Avec toute la <a>polémique</a> entourant l'utilisation du terme « reine-nègre » par <a href="http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&#38;NewsId=888">Victor-Lévy Beaulieu</a> et de la réaction abusive envers la liberté d'expression du député libéral <a href="http://www.assnat.qc.ca/FRA/membres/notices/d/dube1.shtml">Emmanuel Dubourg</a>, il ressort qu'il n'est pas bon de mêler les sentiments et la politique. Des deux côtés, le sentimentalisme est à fleur de peau et on s'envoie à qui mieux mieux les pots!</p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor-L%C3%A9vy_Beaulieu">VLB</a> n'est pas dupe du pouvoir des mots et il est certain que la multiplicité de sens du terme « nègre », bien que couplé en néologisme à « reine », ne lui a pas échappé, oh! que non! L'insulte se trouvait donc au moins sous-jacente comme une bombe à retardement, sinon évidente comme une main toujours prête à gifler. En somme, un beau coup calculé, puisqu'il est toujours possible d'arguer, avec un coup de poing sonore sur la table de concertation, que le sens rejoint seulement et seulement celui du « roi nègre », lié au colonialisme...</p>
<p>Qui me dira sans rire que cette missive assassine à double tranchant n'est pas l'art de se laisser émouvoir par l'adversité? Il n'y a que de l'épanchement débordant pour donner un résultat aussi bien rempli d'ambiguïté, propice à provoquer la colère chez les autres, ces autres malins qui ont assurément accompagné les pensées de l'écrivain alors qu'il traficotait sa bombe incendiaire. Tout ça pour dire que ce concept de reine-nègre n'est pas le fruit du hasard, mais bien plutôt le fruit de la fatalité, résultat d'au moins une douce tristesse devant la personne de <a href="http://www.gg.ca/gg/bio/index_f.asp">Michaëlle Jean</a>, symbole amer.</p>
<p>Qu'on rabaisse ce symbole à de l'utilitarisme pur et à la charge émotive qui sous-tend toujours la question de la race, ou plus clairement du racisme, c'est ce qui blesse à mort le député Emmanuel Dubourg : sentimentalisme encore...  Mais bien plus alors qu'il franchit le pont qui le mène jusqu'à la censure en pleurant! Comment y glisser sans le lubrifiant des larmes?</p>
<p>Alors là, la faute de l'écrivain s'amincit à la mesure de la démesure du député. Le monument de la liberté d'expression est bien plus important que la statuette à l'effigie de la gouverneure générale : il faut le répéter comme si c'était le dernier leitmotiv disponible et possible. Je comprends les blessures de monsieur Dubourg, mais cette compréhension ne commande pas la validité d'un retour en enfance où le père de l'un serait plus fort que l'autre, le père étant ici, pour ce dernier, évidemment le pouvoir législatif de l'État.</p>
<p>En espérant que lorsque la source de ses larmes se sera tarie, il reprendra à nouveau les armes pour défendre la liberté d'expression. L'humain est un être d'humeur, et un politicien se devrait toujours d'être humble par rapport à sa propre humanité.</p>
<p style="text-align:right;">(Photo : <a href="http://www.flickr.com/photos/iya_from_coworx/233940659/">iya_from_cowork</a>)</p>
<p style="text-align:center;"><strong>Votez pour ce texte sur <a href="http://www.centpapiers.com/L-arme-de-la-reine-negre-sous-le,3808">Cent Papiers!</a></strong></p>
<p><strong>Ajout :</strong></p>
<p><a href="http://lequilibriste.wordpress.com/2008/05/28/julie-couillard-les-beaucerons-la-paresse-politique-et-la-reine-negre/">Par là</a> c'est l'avis de mon ami, à moitié noir de surcroît... pour avoir un autre point de vue que l'habituelle rengaine des noirs médiatisés. Ajout du Jeudi : Et il en <a href="http://lequilibriste.wordpress.com/2008/05/29/leaders-noirs-coherents-recherches/">remet une couche</a>!</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[Devoirs de Mémoires]]></title>
<link>http://moniaty.wordpress.com/?p=32</link>
<pubDate>Wed, 14 May 2008 02:59:16 +0000</pubDate>
<dc:creator>moniaty</dc:creator>
<guid>http://moniaty.wordpress.com/?p=32</guid>
<description><![CDATA[
Samedi 10 mai, à l’occasion de la journée commémorative de l’esclavage et de la traite des n]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><a href="http://moniaty.files.wordpress.com/2008/05/arton1387.jpg"><img class="size-medium wp-image-33 aligncenter" src="http://moniaty.wordpress.com/files/2008/05/arton1387.jpg?w=300" alt="" width="300" height="232" /></a></p>
<p class="spip" style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Tahoma;">Samedi 10 mai, à l’occasion de la journée commémorative de l’esclavage et de la traite des noirs, le président Nicolas Sarkozy a fait la déclaration suivante :<em> «  cette histoire doit être inscrite dans les manuels scolaires afin que nos enfants puissent comprendre ce qu’a été l’esclavage, qu’ils puissent mesurer les souffrances engendrées, les blessures qu’il a laissées dans l’âme de tous ceux que rien ne peut délier de ce passé tragique ».</em> Une annonce qui n’a fait autant d’échos négatifs que l’annonce du parrainage d’un enfant victime de la shoah par un élève de CM2 mais qui mérite, cependant quelques critiques. </span></p>
<p class="spip" style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Tahoma;">A commencer par la forme, qui consiste pour le président à annoncer à chaque moment d’émotion des mesures pour s’acquérir de la sympathie d’un groupe de population. C’est au sein d’un rassemblement<span> </span>du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), le 13 février dernier que Nicolas Sarkozy avait exprimé sa <span class="chapeau">volonté de confier, à partir de la rentrée prochaine, à chaque élève de CM2 la mémoire de l'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah. Et voilà que concernant l’esclavage et la traite des noirs, l’annonce est faite jour de la commémoration de 4 siècles de crimes contre l’humanité. Ainsi comme le JDD le rapporte dans ces paroles de François Bayrou : « </span></span><em>Ce n'est pas au président de la République, chaque fois qu'il y a un moment d'émotion, de changer les programmes de l'école primaire. » </em><span>Il semble qu’il n’appartient pas au chef de l’exécutif français de décider des programmes scolaires. C’est une commission spécialisée qui a en charge cette tâche. Le président peut<span> </span>suggérer, orienter, conseiller mais il ne peut décider. Cette façon de faire, qu’on appelle communément la forme érigent deux problématiques : celle de la fonction présidentielle, qui doit inclure clairvoyance, lucidité et perspicacité. Et qui doit se défaire de toute spontanéité, surtout lorsqu’il s’agit de blessures de l’histoire aussi graves que l’esclavage et la Shoah. Par ailleurs, on peut se demander si cette spontanéité maladroite n’est pas révélatrice d’une présidence en mal être qui peine à s’affirmer et à s’imposer. La figure du président de la république est ébranlée, la figure représentative de la France à l’extérieur est penaude dans son for intérieur.<span> </span></span></p>
<p class="spip" style="text-align:justify;">La deuxième critique intervient dans le fait que l’esclavage est déjà au programme dans le cycle 3 du primaire, c'est-à-dire dans les classes de CE2, CM1, et CM2. Il semblerait que cela date d’au moins 2002. Dans le <a href="ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/bo/2007/hs5/hs5_approfondissement.pdf">Bulletin officiel</a> de l’Education nationale, on peut lire ceci concernant l’enseignement de l’histoire dans le primaire : <em>«Cette période de trois siècles [1492-1815], riche de multiples événements, ouvre véritablement le monde moderne, ainsi qualifié par opposition à une époque contemporaine plus proche de nous. L’ensemble de la planète est désormais accessible, l’imprimerie facilite une large diffusion des connaissances et des idées, une vision scientifique du monde émerge, aux XVIe et XVIIe siècles. Avec l’Encyclopédie, le XVIIIe siècle voit se développer l’intérêt pour les techniques. De grands textes fondateurs, marquant encore la vie politique et sociale de notre pays, sont élaborés : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le Code civil. <strong>Mais la même période a vu le massacre des Indiens d’Amérique, la traite des Noirs,</strong> la Terreur révolutionnaire et l’apparition de la «guerre de masse», caractéristique de la Révolution et de l’Empire.» <span> </span></em>Et plus loin, au chapitre Education civique <em>:  «L'élève découvre diverses formes de participation à la vie démocratique : le vote, l'acceptation de charges électives, l'engagement dans la vie publique. Il apprend que, même si la réalité n'est jamais entièrement conforme à l'idéal, celui-ci doit continuer à être affirmé pour guider les comportements et structurer l'action, <strong>à partir d'exemples historiques comme l'esclavage ou l'inégalité entre les hommes et les femmes</strong>.» </em>C’est à se demander si le président ne prend pas ses citoyens ultramarins et d’origine d’Afrique Noire pour des cons. Ou bien cette décision a été prise sans la consultation du ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos. Si tel est le cas, il faut réviser les institutions françaises, car il semble que la monarchie est révolue depuis 1792. <em><span> </span></em></p>
<p class="MsoNormal"><em><span> </span></em></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><span>Enfin la dernière remarque qui n’est guère une critique serait plutôt une proposition. Au lieu d’accentuer les divisions et de faire diverger les catégories sociales, il serait temps que le gouvernement s’engage dans une mesure juste et équitable. Cette mesure qui pourrait s’appeler: « Devoirs de Mémoires » aurait comme ambition de grouper tous les événements douloureux de l’histoire. Ces événements se regroupant en un panel étendu dans lequel il faudra trier et consacrer davantage de temps à l’étude des faits les plus importants : la Shoah, l’esclavage et la traite des noirs, le massacre des Indiens en Amérique, les crimes de la colonialisation ou encore les différents génocides du XXème. De telle sorte qu’à la sortie du secondaire l’élève ait étudié 2 fois (au collège et au lycée) les principaux crimes de l’histoire comme il a étudié par 2 fois la révolution française, la démocratie athénienne ou encore les deux guerres mondiales. Par ce procédé, en incluant dans l’histoire officielle ces faits graves, on y inclue par la même occasion le rôle négatif des nations occidentales. Il est certain que certains mythes comme celui de la France, pays des droits de l’homme seraient rompue. Mais c’est un mal pour un bien au service du réalisme. Le réalisme du schéma social de la France qui traduit des inégalités dont les explications se trouvent dans l’histoire et dont les solutions peuvent se trouver dans le traitement que l’on fait de l’histoire. Ainsi ne plus marginaliser la traite des noirs ou l’esclavage permettrait aux enfants ultramarins et africains de la république de se sentir plus reconnus en France et par ailleurs de se sentir un peu plus français. La France ne peut plus continuer à agir en défavorisant une couche de sa population. C’est pour se rapprocher des emblèmes de la Nation« Liberté, Egalité, Fraternité» que doivent être développées de telles mesures, car la coupe du monde de football n’a lieu que tous les 4 ans !! Enfin, en raison du fait qu’au lycée les élèves sont chargés de réaliser un dossier : le TPE ( Travail Personnel Encandré), les élèves de 3<sup>ème</sup> pourraient dans le cadre de leur brevet de collège présenter un exposé écrit ou oral ayant pour thème le devoir de mémoire. Et le choix de l’élève ne sera pas cantonné aux seuls problématiques étudiées en cours puisque la thématique du devoir de mémoire est universelle. Elle concerne toutes les nations et intègre des faits de l’histoire moins officialisés, moins visibles comme les crimes de l’URSS pendant la Guerre Froide, les disparus d’Argentine, les crimes de guerres japonais… <span> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><span> </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="txtc40b14"><span>En officialisant ces pages noires de l’histoire de France dont les victimes sont des citoyens français, on peut faire un mouvement en avant car <span> </span>la </span><span><span style="text-decoration:none;color:#000000;">critique</span></span></span><span class="txtc40b14"><span> </span><span><span style="text-decoration:none;color:#000000;">constructive</span></span></span><span class="txtc40b14"><span> est un </span><span><span style="text-decoration:none;color:#000000;">levier</span></span></span><span class="txtc40b14"><span> du </span><span><span style="text-decoration:none;color:#000000;">progrès</span></span></span><span class="txtc40b14"><span>.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><span class="txtc40b14"><span> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:right;" align="right"><span class="txtc40b14"><em><span>Moniaty A. Chakour</span></em></span><em></em></p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[L'autre 8 mai 1945: les massacres de Sétif et de Guelma]]></title>
<link>http://bataillesocialiste.wordpress.com/?p=2199</link>
<pubDate>Thu, 08 May 2008 08:19:45 +0000</pubDate>
<dc:creator>lucien</dc:creator>
<guid>http://bataillesocialiste.wordpress.com/?p=2199</guid>
<description><![CDATA[
Article publié dans l&#8217;Humanité d&#8217;hier

HISTOIRE
8 mai 1945, retour sur une tragédie ]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p class="surtit">Article publié dans l'<em>Humanité</em> d'hier</p>
</blockquote>
<p class="surtit" style="text-align:center;">HISTOIRE</p>
<h3 class="tit" style="text-align:center;">8 mai 1945, retour sur une tragédie restée impunie</h3>
<p style="text-align:center;"><a href="http://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/05/huma-setif-250.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-2200" src="http://bataillesocialiste.wordpress.com/files/2008/05/huma-setif-250.jpg?w=250" alt="" width="250" height="195" /></a></p>
<div class="chapo">Algérie . Retour sur un événement marquant de l’histoire franco-algérienne à l’occasion de la diffusion demain sur France 2 du film de Yasmina Adi sur les massacres de Sétif et de Guelma.</div>
<p>Un mois après le débarquement des forces américaines à Alger et treize jours avant son assassinat, le 11 décembre 1942, l’amiral Darlan lançait un appel aux Algériens pour se battre contre l’Allemagne nazie. « La France, déclarait-il, ne manquera pas à ses devoirs envers les musulmans. » Dans un message adressé aux alliés et au gouvernement provisoire de la France libre siégeant à Alger, Ferhat Abbas, l’un des leaders les plus en vue du mouvement national algérien, déclarait : « L’opinion musulmane veut être associée au sort commun autrement que par de nouveaux sacrifices. »</p>
<p>À la veille du débarquement américain, l’Algérie était administrée par les lois de Vichy. La répression à l’endroit des nationalistes et des communistes s’était durcie : en 1941, Messali Hadj, leader du mouvement national algérien, était condamné à seize ans de prison. Bien que le débarquement américain ait mis fin à l’administration de Vichy en Algérie, les nationalistes et les communistes ne seront libérés qu’en avril 1943, tandis que d’autres voient leur incarcération transformée en assignation à résidence.</p>
<p>Prenant au mot les promesses faites par l’amiral Darlan, ils sont 138 000 Algériens à s’engager dans l’armée française. Aux côtés des tirailleurs marocains, ils participent à la libération de la Corse, de la Provence et de plusieurs régions de France. Plusieurs milliers d’entre eux trouveront la mort en France, en Allemagne ou en Italie lors de la terrible bataille de Monte Cassino. Parmi ces soldats, des futurs fondateurs du Front de libération nationale (FLN) comme Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf ou encore Krim Belkacem.</p>
<p>Pendant ce temps, en Algérie, la revendication nationale prenait de l’ampleur. L’ordonnance du 7 mars 1944 promulguée par le gouvernement de la France libre, octroyant la citoyenneté à une minorité d’Algériens, est rejetée par les nationalistes. Cette ordonnance est également rejetée par les colons qui refusent que l’on accorde des droits identiques aux Algériens et aux Français d’Algérie.</p>
<p>À l’occasion du 1er Mai 1945, les manifestations et rassemblements populaires organisés par les partis nationalistes, pour rappeler les promesses faites aux Algériens en contrepartie de leur contribution à la libération de l’Europe, sont brutalement réprimés. Le Parti populaire algérien (PPA, principal parti nationaliste) préconise alors d’organiser à l’occasion du 8 mai 1945 des manifestations pacifiques avec pour principal mot d’ordre « l’indépendance de l’Algérie ». Anticipant sur ce qui allait arriver, le préfet de Constantine, Lestrade-Carbonnel, prévient : « Il y aura des troubles et un grand parti sera dissous. »</p>
<p>Le 8 mai 1945, les premiers tirailleurs algériens qui débarquent du croiseur Gloire font une entrée triomphale à Alger. Le jour même débutent les manifestations organisées par le PPA à travers les principales villes algériennes. Brandissant des drapeaux alliés, y compris celui de la France mais aussi l’emblème algérien, scandant des mots d’ordre revendiquant l’indépendance de l’Algérie, portant des gerbes de fleurs devant être déposées devant les monuments aux morts, ils sont plusieurs dizaines de milliers d’Algériens à répondre à son appel. À Sétif cependant, l’événement prend une tournure dramatique. « Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien », ordonne le préfet de Constantine. Le matin du 8 mai, la police tire sur les manifestants, précédés par des scouts venus déposer des gerbes de fleurs au monument aux morts de la ville. Le soir, à Guelma, sans attendre, le sous-préfet (socialiste) André Achiary fait tirer sur la foule.</p>
<p>De pacifiques, les manifestations deviennent violentes, embrasant tout l’Est algérien. L’administration coloniale fait intervenir l’armée. Des milices de « petits Blancs » participent également à la répression : manifestants fusillés sommairement par centaines, femmes violées… L’aviation mitraille et bombarde les villages de montagne. De la baie de Bougie, le croiseur Duguay-Trouin bombarde les douars de la montagne kabyle. À Périgotville, près de Guelma, on fusille tous ceux qui savent lire et écrire. Des prisonniers fusillés sont jetés dans les gorges de Kherrata. Parmi eux, Rabah Hanouz, membre de la Ligue des droits de l’homme, et ses trois enfants. Plusieurs milliers sont internés et condamnés.</p>
<p>Officiellement, cette répression a fait 1 500 morts algériens et 110 Européens. Le général Tubert, membre de la commission d’enquête mise en place par le gouvernement, avance le chiffre de 15 000. Mais, selon les nationalistes algériens, elle aurait fait 45 000 morts. Le Parti communiste algérien, qui avait dénoncé ces manifestations populaires manipulées selon lui par des « fascistes », opère un revirement et mène alors campagne pour la libération des prisonniers. Certains sont amnistiés, d’autres, comme Mohamed Saïd Mazouzi, futur ministre du Travail algérien, ne seront libérés qu’en… 1962 !</p>
<p>À la fin de ces événements sanglants, le général Duval, commandant en chef des forces françaises en Algérie, assurait alors : « Je vous ai donné la paix pour dix ans. » Le 1er novembre 1954 débutait la guerre d’Algérie !</p>
<p style="text-align:right;">Hassane Zerrouky</p>
<p style="text-align:left;"><em>Voir aussi</em>:</p>
<ul>
<li><a href="../2007/05/08/8-mai-1945-en-algerie/"> 8 mai 1945 en Algérie</a> (reprise <em>LO</em> 05-2005 dans<strong><em> </em></strong><em>BS</em><em> </em>05-2007)</li>
<li>Pour en savoir plus sur le documentaire de Y. Adi et voir un extrait :<strong><a class="spip_out" href="http://autre8mai1945-lefilm.com/">http://autre8mai1945-lefilm.com</a></strong></li>
</ul>
<blockquote><p>Interview de Yasmina Adi,</p>
<p>r<span class="txtRed">éalisatrice de "<em>L’AUTRE 8 MAI 1945 – Aux origines de la guerre d’Algérie</em>"<br />
</span></p></blockquote>
<p><strong>Mêlant archives françaises, anglaises américaines et témoignages des protagonistes français et algériens, Yasmina Adi lève le voile sur les mécanismes et les conséquences de la répression coloniale du 8 mai 1945 en Algérie. Elle répond à nos questions.</strong></p>
<p><span class="txtBl3">Pourquoi avoir choisi un tel sujet ?</span><br />
<strong>Yasmina Adi :</strong> C’est en plein débat sur l’article 4 de la loi du 23 février 2005 que m’est venue l’idée de ce documentaire. On discutait alors de l’inclusion dans les manuels scolaires du "rôle positif de la présence française en Afrique du Nord". Une éventualité qui a fait resurgir la répression du 8 mai 1945. Une histoire absente de ces mêmes manuels scolaires à laquelle j’avais été sensibilisée par les récits de mes parents, originaires de la région de Constantine.</p>
<p><span class="txtBl3">Comment s’est passée la réalisation d’un tel projet ?</span><br />
<strong>Yasmina Adi : </strong>J’ai tenu à mener une enquête à la fois sur le terrain et en m’appuyant sur des documents inédits. En Algérie, j’ai réussi à retrouver 63 ans plus tard des témoins de premier plan de ces événements dans la région de Constantine, un très vaste département. Parmi ces acteurs majeurs : Chawki Mostefaï, le créateur du drapeau algérien créé pour les manifestations du 8 mai 1945, Aïssa Cheraga le porteur de drapeau de la manifestation de Sétif ou Lahcene Bekhouche, Messaoud Merghem et d’autres condamnés à mort en 1945 qui ne retrouveront finalement la liberté qu’en 1962 lors de l’indépendance de l’Algérie. Parallèlement, j’ai consulté en France les archives de police, du gouvernement général en Algérie et en France, et le peu d’archives militaires accessibles. Mais j’ai également enquêté en Algérie, en Angleterre et aux Etats-Unis.</p>
<p><span class="txtBl3">Pourquoi avoir cherché des documents américains et anglais ?</span><br />
<strong>Yasmina Adi : </strong>A l’heure où se créait l’Organisation des Nations Unies, les Anglais et les Américains sont présents en Algérie depuis 1942. J’ai voulu retrouver dans les archives des Alliés le compte-rendu de ces événements. Ma rencontre avec Landrum Bolling, premier journaliste étranger arrivé sur le terrain en mai 1945 m’a conforté dans ce choix. A l’époque, ses échanges avec les services secrets anglais et américains ont confirmé que ces forces ont été des témoins privilégiés de la répression. Les documents que j’ai trouvés à Londres et à Washington offrent un nouvel éclairage à cette page de l’histoire.</p>
<p><span class="txtBl3">Comment interprétez-vous les déclarations du 27 avril 2008 de M. Bajolet, Ambassadeur de France en Algérie ?</span><br />
<strong>Yasmina Adi : </strong>Le prédécesseur de M. Bajolet, M. Colin de Verdière avait parlé en 2005 de "tragédie inexcusable". Aujourd’hui, M. Bajolet parle d’"épouvantables massacres", d’événements qui "ont fait insulte aux principes fondateurs de la République française et marqué son histoire d'une tache indélébile". Prononcés à l’Université du 8 mai 1945 à Guelma, ces propos interviennent 5 mois après celui du président de la République Nicolas Sarkozy à Constantine, qui avait parlé d’impardonnables fautes et crimes du passé colonial français en Algérie. Au-delà de ces déclarations, il convient d’aller plus loin pour que la cicatrice laissée par cette répression puisse réellement se refermer. Cela veut dire donner les moyens aux historiens de faire toute la lumière sur cette page de l’histoire. Aujourd’hui, de nombreux désaccords persistent, comme par exemple sur le bilan de cette répression.</p>
<p><span class="txtBl3">Pourquoi est-il si difficile d’avoir un bilan précis de cette répression ?</span><br />
<strong>Yasmina Adi :</strong> En Algérie, on parle de 45 000 morts. Les historiens oscillent entre 6 000 et 25 000 morts et les autorités françaises reconnaissent aujourd’hui 7 000 morts. Des deux côtés de la Méditerranée, ce bilan a une valeur très symbolique : d’un côté, les traces d’une répression coloniale que l’on aimerait cacher ; de l’autre, des massacres qui symbolisent le début d’une volonté d’indépendance nationale. C’est aussi pour éviter cette instrumentalisation des chiffres que j’ai recherché les documents des services secrets alliés (anglais et américains présents en Algérie). Leurs documents font notamment état d’une enquête française jusqu’alors restée secrète.</p>
]]></content:encoded>
</item>
<item>
<title><![CDATA[CFA: Continuité (coloniale) Française Ahurissante]]></title>
<link>http://ysengrimus.wordpress.com/?p=29</link>
<pubDate>Wed, 30 Apr 2008 22:11:14 +0000</pubDate>
<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
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<description><![CDATA[Sortons d&#8217;abord les colonies que la France a perdu manu militari, elles échappent de toute fa]]></description>
<content:encoded><![CDATA[<p><span>Sortons d'abord les colonies que la France a perdu manu militari, elles échappent de toute façon à la combine. Canada, Vietnam, Haïti, Algérie, Maurice et des poussières, ouste, dormez en paix. Vos emmerdes sont bien réelles mais toutes autres... Ajoutons-en deux que le Vieux Coq a fini par picorer en douce de la gamelle des belges: Rwanda, Burundi (deux compagnons de route de misère). Et regardons. C'est pour se dire que la décolonisation d’il y a 50 ans n'est passée par là qu'en pure apparence. Les Antilles et la Nouvelle Calédonie sont des DOM-TOM et leurs ancêtres sont à fond la caisse les gaulois. Le seul et unique pays qui est membre de la Communauté Européenne de tout l'espace panaméricain c'est la Guyane française (qui est donc <em>de facto</em> la France hors métropole, en fait...). Et... 14 pays peu fortunés d'Afrique carburent encore au Franc CFA (Gabon, Mali, Niger, Burkina Faso, Centrafrique, Cameroun, Togo, Bénin, Côte d'Ivoire, Sénégal, Guinée-Bissau, </span><span>Guinée </span><span>é</span><span>quatoriale, R</span><span>épublique du </span><span>Congo, Tchad, </span><span>Comorres). Le sigle <strong><em>CFA</em></strong> en 1945, quand De Gaulle et ses séides ont mis ce dispositif monétaire en place, cela valait pour <strong><em>COLONIES FRANÇAISES D'AFRIQUE</em></strong> ou </span><span><strong><em>COMPTOIRS FRANÇAIS D'AFRIQUE</em></strong>. </span><span>Aujourd’hui on la joue en mode plus chic avec: <strong><em>COMMUNAUTÉ FINANCIÈRE D'AFRIQUE</em></strong>, mais le filet de Papa-Commandant a bien peu changé la nature rétive de ses rets. Pour résumer l'affaire, disons simplement que le Franc CFA a une parité fixe, unique et éternelle avec l'Euro (anciennement, il l'avait avec le Franc Français). On dit bien: parité fixe, unique pour tous, éternelle, immuable et non fluctuante. Pour 13 de ces 14 pays pauvres, 665 Francs CFA valent en gros 1 Euro pour toujours (les Comorres ont une parit</span><span>é</span><span> tr</span><span>è</span><span>s l</span><span>é</span><span>g</span><span>è</span><span>rement distincte, mais fixe aussi). Et rien ne fluctue jamais au grand jamais, entre eux ou ailleurs. La douce stabilité de Jouvence. Papa-commandant garde ses enfants monétaires solidement agrippés à son ceinturon, depuis 1945. Les dévaluations, les fluctuations, les cours, c'est pour les autres. Pas de pesos dans mon enclos. Monopoly aux colonies. Tant et tant que, quand l'Euro grimpe (ce qui lui arrive plus souvent que pas mal souvent), il tire automatiquement le Franc CFA vers le haut avec lui, comme une grappe ses raisins. Ce dernier se trouve alors artificiellement sur